L’échappée belle : dans la démence de ce que belle donne

Samedi 24 août, 19h20 : accolade vibrante à Rémy, avec qui je viens de partager l’intégralité de la journée et sans qui je ne serais très probablement pas là. Les yeux sont rougis, soit par le fait d’avoir porté mes lentilles depuis près de 38h, soit par l’émotion qui ne m’a pas quitté de la journée, soit par un peu des deux. Les jambes sont lourdes, les pieds tachetés d’ampoules et le visage a bien du mal à cacher la fatigue générale. Nous voilà sous l’arche d’arrivée d’Aiguebelle, avec derrière nous le massif de Belledonne qui vient d’être traversé en intégralité.

149km, 11400m de D+, 37h15 de « course » pour près de 30 litres d’eau ingurgités et 1 kilo de perdu. L’échappée belle : l’aventure, plus belle, plus dure. C’est la devise de cet événement, dans laquelle – pour une fois – aucun terme n’est exagéré.

L’épopée a débuté 48h plus tôt lorsque Manu, inscrit avec moi, est passé me récupérer à Annecy.

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J-1 : le matériel au presque complet (manque les chaussures et bâtons!)

La dernière fois que nous nous sommes retrouvés dans cette situation, un bête oubli de baudrier nous a valu un détour avant le retrait des dossards. Je ne m’étonne donc pas lorsque Manu m’annonce qu’il n’a qu’une portion de repas du soir, ce qui nous vaut un détour au supermarché d’Aiguebelle pour m’offrir une préparation de riz au curry et un bon vieux pâté croûte d’apéritif.

Une présentation de pièce d’identité et un achat de stoots plus tard (t’inquiète pas Laure, c’est pour mes avant taf en ski de rando, pas pour de prochains ultra-trails ! Quoique…) nous voilà dans un petit parc à monter notre tente pour la courte nuit qui nous attend.

Coucher 21h, lever 2h30 avec quelques heures de sommeil au milieu. Pas pire. Un coup de navette plus tard nous voici à Vizille, point de départ de notre bambée. Il est 5h, il fait encore nuit noire et les discussions de comptoir ne vont pas bon train autour du café : on sent un mélange de concentration, d’appréhension et d’impatience dans l’assemblée.

Briefing à 5h50, le plus concis de l’histoire du trail : « météo, grand beau. Consignes de course : gestion, gestion et gestion. » Ok, au moins on ne va pas s’embarrasser l’esprit de trop d’indications !

On nous annonce ensuite une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise c’est que la moitié d’entre nous va abandonner (ça tombe bien pour moi, statistiquement Manu va me sauver la mise ^^), la bonne c’est que l’autre moitié pourra sonner la cloche à Aiguebelle (wouha, sacrée bonne nouvelle). Sur ces mots semi-motivants et après une tournée d’applaudissements pour les bénévoles, qui les mériteront plus que largement tant ils ont été attentionnés, dévoués et souriants tout au long du parcours, nous voilà à décompter le 10, 9,… partez ! Ici pas de musique de champions du monde, ni d’envolées lyriques du speaker nous comparant à des demi-dieux. Ici c’est simple et efficace : tu t’es inscrit, t’as une chance sur deux de terminer, à toi de jouer gamin.

Vizille > Chamrousse

Section montante mais roulante. On adopte un bon rythme avec Manu (c’est à dire qu’on se « force » à marcher dès qu’on est plus dans du faux plat). Ma cheville, victime d’une bonne entorse 2 mois plus tôt, me rassure et ne se montre pas douloureuse.

Grosse ambiance à l’arrivée au premier ravito, avec de nombreuses familles déjà en place. Je fais littéralement nimp’ de mon côté, en oubliant le bouchon de mon camel à un endroit et en laissant traîner mes bâtons à l’autre, puis en renversant la moitié du camel en essayant d’y intégrer les fameuses pastilles permettant de faciliter l’assimilation de l’eau. Allez mec, concentré, c’est pas oui oui au pays des fées là.

Chamrousse > Refuge de la Pra

Dans mes gesticulations j’en ai perdu la trace de Manu. Je repars donc du ravito en le cherchant vainement des yeux. Pas d’idée de si il est devant ou derrière moi. Le bougre avait vu juste en me disant que quoiqu’il en soit on ne ferait pas plus que la première montée ensemble. J’ai espoir de le retrouver éventuellement pour la section de nuit, mais il abandonnera finalement au Pleynet pour cause de genou douloureux.

Petit coup à l’orgueil lorsque des enfants m’annoncent ma 105ème place. J’avais l’impression d’avoir eu un bon rythme sur cette première montée, et me voilà finalement assez éloigné du top 50 semi-secrètement visé. C’est un mal pour un bien, puisque je ne ferai que doubler du monde sur cette première journée.

Cette deuxième section reste assez roulante, et le paysage est magnifique. Et j’ai la mémoire trop embuée pour ajouter d’autres choses que ces banalités !

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Montée au-dessus des lacs Robert. Pas de remarque sur la casquette svp 🙂

Dès les premiers rayons de soleil, j’arbore fièrement casquette à simple visière (qui a parlé de style?!) pour éviter la surchauffe. Au refuge je débute mon régime à base de soupe, avec un potage aux légumes qui augure le meilleur pour le niveau culinaire de la suite 🙂

Refuge de la Pra > refuge Jean Collet

C’est possiblement la section que je connais le mieux, du fait de mes venues en ski de rando en hiver. C’est aussi une section démente côté panoramas. Lacs des doménon, croix de Belledonne (touchée!), glacier de Freydane, lac blanc. Tout est somptueux. Les sentiers deviennent techniques, les jambes carburent en montée mais je ménage ma cheville et mes cuisses en descente, et me refait pas mal doubler dans ces sections là. Stratégie frustrante mais assumée.

Arrivée à Jean Collet un bénévole m’indique l’heure (pas de montre de mon côté, je cours à la sensation!) : il est bientôt 13h, je suis en avance sur mon tableau de marche.

Refuge Jean Collet > Habert d’Aiguebelle

Prochain ravito à 9km. « Mouarf, easy, dans 1h j’y suis ». Tu rêves mon gars, on est dans Belledonne là ! Quand le litre et demi d’eau contenu dans mon camel a été entièrement siroté après 5km, je commence à me faire à l’idée que les km vont être compte double ou triple pour le reste de la promenade !

J’ai encore la fraîcheur pour me mettre des images plein les yeux. Là un chamois, là un autre, là-bas le barrage de grand maison. J’apprécie la technicité des sentiers, les sauts de bloc en bloc et les promeneurs qui s’exclament à voix à demi cachée « wouha, t’as vu les cuisses de celui-là » ^^

Côté nutrition j’ai peu envie de salé, hormis les soupes des ravito, et me nourris de pom’potes marron-pommes, de snickers et de grany mou. Ça fait le taf. Mais c’est dimensionné plutôt serré jusqu’au Pleynet !

Malgré quelques lampées dans des ruisseaux, j’arrive au Habert relativement assoiffé. Note pour plus tard : ne pas hésiter à remplir le camel dans les cours d’eau entre les ravitos (en plus, c’est un peu mon kif ultime).

Habert d’Aiguebelle > le Pleynet

On continue dans le registre du magnifique avec du sentier alpin et les lacs des 7 laux que j’atteins avec les dernières lueurs de la journée. Fabien (non, pas moi en dédoublement de personnalité, mais M. Masson qui a fait/déchiré l’EB en 2018) m’avait prévenu : tout le monde dit que la portion entre les lacs des 7 laux et le pleynet est interminable, mais en fait elle est certes longue mais super roulante, c’est un régal !

Régal quand on a sa caisse, peut être, mais moi je la classerai volontiers dans la catégorie « interminable » ! Car une fois le charme de chacun des 5 lacs passé, il reste encore 9km de sentier assez casse-pattes pour rejoindre la base vie du Pleynet. Heureusement les jambes tournent encore bien et me voilà tout heureux lorsque, dévalant les derniers hectomètres de piste à grandes enjambées, un papy m’annonce « t’es dans les 30, jeune homme, bravo ».

Cela ne m’empêche pas d’arriver au ravito dans l’anonymat complet, à des heures lumières du passage de François d’Haene « un peu » plus tôt, ce qui me permettra au moins d’être bien concentré sur la gestion de ce temps de repos clé avant la nuit.

Changement de tee-shirt, nokage de pieds, changement de chaussettes, enfilage de collant. Insertion du dossard de Rémy dans le sac (gros gain de poids depuis le départ!), je refais le plein de mes barres favorites, dévore le sandwich amoureusement préparé par Manu et file semi-engloutir la platée de pâtes bolognaises généreusement offerte au restaurant du coin.

Il est 19h40, je repars quasi frais comme un gardon de la station, après 64km et 5300m de D+, avec 1h d’avance sur mon tableau de marche. Jusque là, c’est extra.

Le Pleynet > Gleyzin

6km de descente quasi continue pour reprendre. Sympa pour la digestion. Puis je me fais envelopper par la nuit dans la montée au chalet de la Grande Valloire. J’ai enfin compris comment marchait la frontale stoots. Ouf ! La plupart des pacers ont débuté au Pleynet, et c’est donc par couple de frontales que je reconnais mes poursuivants. Le mien attend impatiemment au Gleyzin, mais j’ai bon espoir qu’il m’accompagne ensuite jusqu’au bout – contrairement à une bonne partie des pacers à moitié prix qui s’arrêtent une fois le soleil levé.

Arrivée joyeuse au chalet de la Grande Valloire. Un grand feu de bois nous accueille et les bénévoles se mettent doux à l’intérieur à coups de pastis. Pour moi ça sera sobrement café + thé svp!

Je fais chemin commun sur toute la deuxième partie de la section avec un sympathique duo familier de Belledonne, qui semble grands pratiquants de ski de rando. Volonté d’économie de salive ou peur de la célébrité ? je ne leur ai pas parlé de skitour, ni de skirandomag 🙂

J’arrive au Gleyzin vers 23h30. Rémy est chaud comme une bouillotte alors que je ressemble plutôt à une bouillotte en fin de nuit. Shuei (?) nous fait notre book au passage, trop bien.

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Ravito de Gleyzin. Il a l’air fatigué votre ami…

Gleyzin > Périoule

La section toute noire du road book ! De la montée longue puis raide, et de la descente technique de nuit. Trop content d’avoir récupéré Rémy pour l’affronter !

Il part à une allure d’Usain Bolt – tout du moins comparativement à moi – et je le freine rapidement. « On va faire de la marche hein, et tu vas gérer l’itinéraire pour moi » ! A ce moment là il s’est possiblement senti un peu roulé 🙂

Montée toute en gestion donc – comprendre « au mieux avec les ressources du moment ». L’arrivée au refuge de l’Oule permet de faire une pause. Rémy me déconseille de dormir, ça devrait passer sans en principe. C’est lui l’expert, j’obéis.

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Un café assez inutile au refuge de l’Oule

On repart pour le col du Morétan, avec une étoile ou une frontale bien plus haut. Il paraît que le ciel est dément et qu’on y voit des étoiles filantes, mais j’ai du mal à regarder autre chose que les chaussures de Rémy !

Arrivé au col bien entamé, on nous annonce que le plus dur physiquement est derrière nous et qu’il n’y a plus qu’à avoir du mental. C’est peut être là le souci 😉

Descente kiffante de l’autre côté, seuls dans la nuit : ski sur névé dans un premier temps, puis descente avec corde sur moraine ultra raide ensuite. Ça permet de rester bien éveillé, et ça dénivelle efficace pour un effort limité ! Puis portion fantastique le long des lacs de Moretan puis le long du torrent du Veyton avec la lune qui se reflète dedans.

Arrivée à Périoule au milieu de la nuit. Fouettés par une soupe chinoise fort dosée en épices ! A la question « ça va ? » je réponds « on fait aller ».

Périoule > Super Collet

Objectif = lever de soleil = base vie de Super Collet. C’est ce que je me mets en tête en sortant du ravito, dans la nuit noire et avec les jambes lasses.

Section très clairement sans plaisir pour moi. Plus de jus, pas d’intérêt dans les sentiers – avec notamment une montée au refuge de la Pierre du Carré aussi ignoble que promise – et une malléole douloureuse sur ces p*t*** de chemins toujours déversants du même côté. J’annonce à Rémy, qui s’en était déjà bien rendu compte, « désolé, je me respecte plus », et maudit chaque aspérité du chemin. Et petit à petit germe en moi l’idée d’abandonner à Super Collet à la sortie de la nuit. Après tout mon objectif minimum sera atteint à ce moment là : faire 24h de course non stop avec un coucher et un lever de soleil, et les 100km tout juste atteints…

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Arrivée vers Super Collet. Un lever de soleil et au dodo?

Super Collet > Val pelouse

Puisque depuis la première ligne vous savez qu’il n’y a pas eu d’abandon, pas besoin de maintenir le suspens dans le nom de la section !

Cela dit, j’arrive donc à Super Collet avec le moral bien profond dans les chaussettes. Je vais voir la podologue en espérant qu’elle me diagnostique une maladie incurable au pied qui me contraindrait à arrêter. Mais au lieu de ça elle ne voit dans ma douleur à la malléole qu’une simple abrasion due à un caillou. « Bah vas-y, traite moi de chochotte pendant que tu y es ! »

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Ravito de Super Collet : dans le doute!

Ce diagnostic me fait prendre conscience que ce n’est pas les ressources physiques mais les ressources morales dans lesquelles il faut désormais puiser en priorité. Et Laure me rappelle que c’est pour tester mon mental que je me suis justement inscrit à cette épopée. Eureka ! Phase de remobilisation mentale, qui débute modestement avec un « bon, on repart pour 1h histoire d’avoir les premiers rayons du soleil, et on avise ensuite ». Cerise sur le gâteau, je change de chaussures et retrouve une foulée confortable, ce qui me faisait cruellement défaut depuis plusieurs heures. Chantilly sur la cerise : le second sandwich amoureusement préparé par Manu (pour les curieux : pain de mie, beurre de noix de cajou, moutarde, viande de grison : une tuerie).

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Allez hop, pas de chichi, on repart pour 12h d’effort!

1h plus tard nous voilà sur la crête des Plagnes, réchauffés et remotivés pour la journée !

Le rythme n’est toutefois pas folichon, et les jambes ne répondent qu’une fois sur deux lorsqu’il leur est demandé de gambader en descente… Et puis la lucidité n’est pas totale, avec par exemple cet échange ubuesque :

« – Rémy, c’est ton téléphone ou mon téléphone qui vibre ?

– C’est une vache mec

– … »

Heureusement cette section est remplie de souvenirs avec le passage au refuge de Claran, puis au pied des Grands Moulins (pensée émue à cette étape du Tour de France écoutée au sommet au milieu du brouillard avec Marco!) et enfin au refuge de la Perrière où nous attendent Laure, Adèle et Raph’. Ca remet de la mine dans le crayon ! A tel point que l’on finit cette portion gambadant tels de jeunes chamois jusqu’à Val Pelouse – enfin en tout cas c’est le sentiment qu’on en a eu.

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Refuge de la Perrière : frais et dispo!

Val pelouse > Le Pontet

Ca sent bon la fin ! Ou pas… Coup de bambou lorsque tous calculs faits il nous reste plus de 30km, au lieu des « 20 et des brouettes » envisagés. Du coup je me retrouve avec les jambes toutes faibles jusqu’au col de la Perche. On se fait doubler par pas mal de monde à ce moment là. Tout cela entame quelque peu le semblant de moral d’acier mis en place depuis le matin. En revanche les chemins jusqu’à l’arrivée seront bien plus roulants que ceux empruntés sur les 24 dernières heures, et je recommence à profiter pleinement des paysages, qui sont depuis le refuge des Férices vraiment superbes.

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Bim les chaussettes de foot!

Arrivés au sommet du Grand Chat j’annonce à Rémy que je me dors officiellement dessus. Ça tombe bien, lui aussi. Pour gagner quelques points de lucidité avec les grandes sections de descente qui nous attendent on se paie le luxe de non pas 7, mais 8min de micro-sieste ! Couplée avec du gel énergétique au café elle a un effet d’enfer, et l’on repart sautant comme des biches de racine en racine – ou presque.

En tout cas les 1150m de D- jusqu’au Pontet passent crème – même si le final pour atteindre le ravito est longuet – et je commence à vraiment concevoir le fait de boucler cette traversée !

Le Pontet > Aiguebelle

Caractéristiques de la section : 14km, 500m de D+ pour 1000m de D-. Comme ça, gentiment assis derrière son PC, on se dit que c’est vraiment une formalité. Sauf qu’en sortant du ravitaillement les 500m de D+ nous font un peu trembler !

Mais le rythme est bon et les chemins vraiment faciles. C’est rando, comme qui dirait. On arrive à faire tourner les jambes dans les descentes, et dès lors l’objectif consiste à rester concentrer jusqu’à la vallée pour ne pas se faire une cheville. « Désolé Rémy, je parle pas, mais c’est pour pas tout gâcher ».

Km 147, on est sur du bitume, c’est plat. C’est gagné. Grande émotion d’avoir parcouru tout ce chemin, et énorme émotion d’en avoir partagé une bonne partie avec Rémy qui, par son unique présence, m’a clairement permis de terminer. Après les applaudissements de la dernière ligne droite, un bisou tout aussi ému à Laure – qui a un peu sacrifié ses vacances pour me permettre d’être là – et un grand sonnage de cloche composé d’un délicieux mélange de fierté, de bonheur et de fatigue de toutes sortes.

A J+7 les jambes ont presque retrouvé leur fraîcheur, les pieds se sont dégonflés de leur rétention d’eau, les chevilles sont quasiment opérationnelles et la fatigue est presque passée. Mais on me dit encore que j’ai fondu et que j’ai une tête de déterré!

L’ultra, ça abîme ? Certainement. Est-ce que ça en vaut la peine ? Pour celui-là, absolument.

PS : pour toutes les stats sur la course, voir directement le suivi live ici. Je suis très satisfait de ma gestion de la première journée, un peu moins pour la deuxième durant laquelle le manque de « jus » – expliqué par la quasi absence de séances de courses à pieds sur les 2 derniers mois? – ne m’a pas permis d’espérer un top 30. Mais tout cela est très secondaire par rapport aux émotions vécues!

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Rémy : pacer et photographe de l’ombre. Encore un immense merci à toi !!!

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RIF 2018 – 3ème partie

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« Y’a plus qu’à »

Par la BimBimTeam, avec les commentaires de Maëlle, Rémy, Joseph, Etienne

Lien vers la 2ème partie.

… Arrivés à l’AT, l’orga nous apprend que l’heure limite de départ en kayak a été avancée à 15h. Il est 13h45, va pas falloir trainer !

SECTION G – Trek (+ cordes) / 3 km

Transition express, on enfile les baudriers pour un rappel qui nous amène dans un lit de rivière asséché. En sprint sur le fond de la rivière, sur-motivés, nous reprenons Absolu2, un peu moins rapide dans cette progression dans les gros rochers. Avec la mer en visu, nous savons comme eux que ça devrait le faire pour arriver à l’AT à temps.

SECTION H – Kayak de mer / 37km / 0 m D+ / 0 m D-

Arrivés 14h30, on est LAAAARGE et on a donc 30mn pour s’équiper. Et on les prendra, le temps d’un contrôle matos et d’un briefing sur les conditions de navigation et les passes à viser pour éviter les vagues déferlantes. Pas d’urgence particulière à gagner 5 minutes sur cette transition. La houle sera modérée, mais suffisante pour ambiancer la section. Les équipes suivantes (le lendemain) n’auront pas cette chance ! Car le vent ajouté à la houle aura entrainé un mal de mer chez de nombreuses personnes… Ce kayak est entrecoupé d’un CP à mi-chemin sur la côte, où nous devrons nous arrêter pour passer la nuit. Nous naviguons avec Absolu2 et les suisses. Sauf problème, les équipes n’ayant pas embarqué aujourd’hui ne reviendront pas sur nous. De la même façon, il sera difficile de rattraper les équipes de devant. C’est le jeu des darkzones ! Aucune raison, donc, de dépenser trop d’énergie dans ce premier tronçon au coucher du soleil, sauf de débarquer avant la nuit.

 

 

Nous profitons donc à 100% de ce moment (60% pour moi, qui ai tendance à piquer du nez++ ! Je préviens Joseph derrière moi “si tu vois que mon rythme baisse, c’est que je suis en train de m’endormir, crie-moi dessus !”), en jouant à aller chercher le surf dans ces belles vagues. On est en compagnie parfois de l’orga, dont Gilles sur le bateau, ou de journalistes qui nous accompagnent en bateau (voire en palme masque tuba et requins pour une photographe plongeuse !), on discute avec Absolu. Arrivés au CP à la tombé de la nuit, on peut maintenant apprécier quelque chose de peu commun en raid aventure : presque 10h d’immobilisation, la possibilité de prendre une douche, et la perspective d’un resto ! Poulet aux mille graines de vanilles au menu. On n’est plus habitué à manger de telles quantités alors on n’arrive pas à terminer… Un comble, alors qu’on pèse déjà plusieurs kilos de moins que notre poids normal. On profite de ce créneau pour ENFIN finir de lire les messages reçus, que c’est bon ! Merci !! Même Béatrice la bénévole de la food team nous a ajouté un message à la main, derrière tous vos messages. Sympa !

Joseph joue les banquiers pour les suisses, qui veulent prendre une chambre d’hôtel. La BimBim choisit de rester dans la course et de bivouaquer sur l’herbe douillette du CP avec Gilles L., pour 6h de sommeil d’une grande qualité (heu… t’exagère un peu là non ?;) Je valide la qualité grand luxe de la nuit !  Trop grande peut-être, car tous ratons notre réveil. Par miracle, ou par habitude, Rémy finit par ouvrir les yeux, et réveille toute l’équipe, et malgré le retard du réveil de 20 minutes, notre préparation est efficace. Les deux autres équipes nous rejoignent sur la plage, nous partirons tous à l’heure (5h du matin) pour ce deuxième tronçon de kayak, qui doit nous amener à Saint-Leu. Sortie au large ambiance pour passer la barre de Corail, mais au final tout se passe bien puis on retrouve notre rythme dans la houle. On apprendra plus tard que deux requins de 2 et 4 m auront été attrapés la nuit à la barrière de Corail… mais ça ne nous aura pas tracassés plus que ça !

Ça se tire un peu la bourre sur la mer. Abolsu2 part vite, les suisses sont réguliers mais plus rapides. Ces deux équipes tirent trop au large (et les Suisses oublient de contourner une bouée -> demi-tour !), ce qui nous permet de les rattraper et d’arriver groupés à la transition au pied du Maïdo, le dernier gros morceau de RIF 2018 !

Le kayak de mer était la dernière inconnue du raid (en tous cas pour moi), on est désormais en vélo, dans notre zone de confort, la ligne d’arrivée devient concrète, réelle, c’est un sentiment fort après 6 jours de course.

SECTION I – VTT / 77 km / 2 830 m D+ / 2 730 m D-

Sympa de terminer cette course dans ce groupe de 3 équipes. Absolu2 est plus efficace à la transition et part avec un peu d’avance. Nous suivons de près, les Suisses juste derrière nous. Ça grimpe fort et il fait chaud. Si les gourdes sont pleines, elles se vident aussi vite qu’on fond sous cette chaleur humide de début de journée. L’itinéraire nous conduit à dré dans le pentu, à travers les hauts de St-Leu. On se ravitaille en eau chez l’habitant. Jamais vu une montée aussi raide.“Avec ces pentes à 20%, heureusement qu’il y a pas de neige chez vous !”. Les Suisses se trompent de chemin et prennent un peu de retard. Alors qu’on raccroche et dépasse le train d’Absolu2, Etienne s’en va tête dans la carte jusqu’à l’intersection suivante. Maëlle et Joseph suivent. On s’arrête au début du chemin qui remonte à gauche de la route. Rémy ? Rémy ! Rémyyyy (à crier avec la voix aigüe de Maëlle) !!! On l’aperçoit filer à toute allure plus bas sur la route. On a beau siffler, hurler, il ne nous a pas vus ni entendus. Maëlle attend et temporise à l’intersection. Joseph et Etienne se lancent en descente à la poursuite de Rémy, sous l’oeil amusé de nos amis d’Absolu. Au bout de 2 virages en descente, je me doute bien que je fais fausse route, demi-tour…  Quelques centaines de mètres plus loin, on retrouve Rémy. Allez, chacun prend un peu sur lui pour éviter les tensions (sans objet en fait, on a perdu 5 minutes, mais à ce stade de la course on en a quand même tous un peu marre !), dans quelques minutes on préférera en rire qu’en pleurer (nos cuisses ne sont plus à ça près). Pour moi c’est surtout le soulagement, trop peur de devoir redescendre loin et de devoir tout remonter ce déniv qu’on avait déjà si durement grignoté – rappelons que cette montée pèse près de 2 500 m de déniv d’un bloc…  ! On retrouve Absolu un peu plus loin qui se trompe de chemin. Nos deux équipes restent ensuite soudées une bonne partie de la montée.

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Team Absolu2, compagnons d’aventure

On discute, c’est sympa et ça passe le temps plus rapidement car les routes sont bien monotones. Alors qu’on se rapproche de la couche nuageuse et de la pluie, chacun s’arrête à son tour pour s’habiller et manger. Les suisses en profitent pour passer devant, à bon rythme. On hésite sur une option d’itinéraire, laissant Absolu2 reprendre la 2nde place de notre groupe de 3. Vu la météo, on se décide pour l’option route. L’occasion de redoubler Absolu2 qui s’est arrêté pour une microsieste. On terminera seuls, les Suisses s’échappant devant, Absolu2 juste derrière.46318052_10155587937676353_1703517315313696768_o

Peu avant le sommet, on a quand même le droit de quitter enfin cette route pour basculer sur de la piste pour mon plus grand bonheur, on croise 3 traileurs qui sont en fait des membres des équipes “retired” FMR et Agde. Merci pour les encouragements ! On discute, on discute, oubliant qu’on est en course ! Dernier poussage puis portage, puis sommet ! Petite pause au CP sommital pour enfiler les gore-tex, savourer les quelques 2500m de D+ qu’on vient d’avaler et faire des photos dans le brouillard. Dommage, on reviendra pour la vue sur Mafate… (moi je reviendrai pour de vrai avec Jean-Luc, trois jours plus tard hihi). Les Bénévoles au sommet nous indiquent que les Suisses devant nous sont dans une forme impressionnante, que la descente est hyper engagée, et qu’il s’agit ici pour nous d’éviter la chute…

 

 

Pour la suite, le roadbook indique de suivre les chemins VTT. On ne va pas s’en priver ! On suit la piste noire, pas facile car le sol est détrempé. Après un beau chemin technique sur la crête, la piste s’enfonce en forêt. Ce rappellerait presque la DH de Dany Hart en 2011. Malheureusement, après 6 jours de course, on n’a pas le même flow que ce champion et les racines sont bien glissantes. Pour moi, enfin réveillée après cette interminable montée route ultra monotone et soporifique, l’intégralité de cette descente est l’un des meilleurs moments de ce raid : la forêt est splendide, ça glisse mais ça passe pas mal ! Une des plus belles descentes de VTT de ma vie sans aucun doute… Le sentier devient de plus en plus ludique au fur à mesure de la descente. La BimBim est revigorée, on profite, avec des pauses photos. On entend même quelques “wouhou !”. On ne le sait pas, mais à ce moment-là les Suisses ne sont pas si loin devant nous. Il ne reste plus qu’une bonne partie de liaison dans des zones plus urbaines et dans la Savane de St Paul. Mais ce n’est jamais fini… Les traceurs de l’orga se sont amusés à trouver un itinéraire un peu piégeux, surtout de nuit : on notera particulièrement un sentier miné de rochers cachés sous les herbes hautes, très difficile à la nuit tombante avec toute la fatigue qu’on a accumulée jusque là. Les guidons se font accrocher dans les branches, je chute lourdement sur un caillou, ma hanche s’en souvient encore 15 jours après. On retrouve même Etienne projeté 3 mètres devant son vélo, lui qui ne tombe jamais. Pour moi c’est la cata, les garçons sont devant, je n’arrive pas à les rattraper, j’ai l’impression d’être la seule à galérer et je craque dans ce sentier impraticable… Coup au moral, j’ai faim, et je n’arrive pas à faire 2m sur le vélo sans mettre pied à terre. Mais pourquoi les fins de sections sont-elles toujours aussi difficiles ? L’orientation se déroule sans trop de souci jusque-là, mais la vigilance baisse avec la nuit qui tombe et on perdra un peu de temps sur un aller-retour dans les propriétés privées agricoles juste avant la transition (bananes, mangues, vanille… miam !).

SECTION J – Trek (+ packraft) / 5 km / 0 m D+ / 100 m D-

Dernière transition ! On savoure. Enfin pas trop (si si, les abricots au sirop étaient carrément les bienvenus !), car on a bien envie d’en finir. On troque les vélos contre les packrafts. Un petit chemin nous amène en bas, le long de la ravine St Gilles. La balise est à la confluence, l’embarquement un peu plus loin. On s’installe au milieu des roseaux pour gonfler les bateaux et poursuivre en naviguant jusqu’à la marina de St Gilles. Quelques coups de pagaies plus loin, en slalomant entre les romantiques fleurs qui flottent, on rejoint la mer puis on retrouve Lolo des Gônes Raideurs qui nous accueille sur la plage. Sympa ! et ça sent bon l’arrivée ! Cette fois on y est ! plus que quelques hectomètres sur la plage, on entend la musique, on voit les lumières du village Corail. C’est l’émotion, on retrouve d’abord Jean-Luc qui nous accompagne jusqu’à la ligne d’arrivée. Une toute dernière épreuve nous attend au dernier virage : un bouchon de rhum arrangé fourni par Romu des 400 Team et des traileurs d’Agde que l’on avait croisés au Maïdo. Puis c’est champagne ! Pfiou. Trop d’émotions d’un coup…

La BimBim lé la ! la BimBim la fé !

 

 

Les Suisses sont là pour nous féliciter. La famille du RIF bien-sûr, Pascal, Béa de la food-team, l’équipe d’endorphinmag. D’autres coureurs aussi, quelques-uns croisés en courses, qui ont abandonné ou bataillé parmi les premiers. Tous nous font part de leur considération pour notre course. Difficile de réaliser pour nous. Le chemin était long, extrêmement difficile, mais finalement à la hauteur voire au delà des attentes qu’on en avait. Faut-il qu’on soit si fier de notre classement ? Pour moi il ne représente rien encore, peut-être cela viendra peut-être un jour. Les premiers sont arrivés il y a 2 jours quand même… on a de la marge 😉 Terminer ? ce résultat paraît logique au vu de la prudence et de l’humilité avec lesquelles on a abordé ce défi. Je suis fier de notre persévérance, de notre état d’esprit, de notre préparation et surtout du soutien de notre entourage pour ce projet de fou.

Tout pareil, une énorme satisfaction de voir tous ces mois de préparation se transformer en une semaine entre potes, à gérer notre course avec constance sans aucune tuile majeure. Mon RIF 2012 avait été vaguement gâché par 24h de problèmes gastriques, cette année rien de rien. Trop fier des mes 3 coéquipiers qui ne craquent jamais même dans des moments extrêmes. Toujours difficile de voir Etienne galérer le premier soir, mais on sait qu’il se remet, revient fort et porte ensuite l’équipe sans fléchir jusqu’à la fin du raid, sur tous les tableaux (orientation, endurance, motivation). Concernant le classement, quitte à être 16ème, j’aurais bien aimé finir 15ème 🙂 Mais rien que finir en full race est une grande réussite selon moi. De toutes façons aucune raison de se pavaner vu le temps qui nous sépare du haut du tableau !

Quelle aventure… A vivre, on sent que s’ancrent à vie des sensations, images qui reviendront nous visiter très souvent et pendant longtemps, instants uniques et magiques, qui feront pétiller nos yeux comme ceux de tous les raideurs qui nous ont raconté leurs propres aventures, les raids gauloises d’Yves, de Gilles… Raids gauloises qui me faisaient rêver depuis toute petite, à la lecture de récits de course dans canoë kayak magazine… Alors comment vous remercier vous mes 3 coéquipiers de choc ? Pour m’avoir soutenue, allégée, soulagée, tractée, aidée, pour avoir supporté mes instants de doute et de sale caractère dès que je dépassais mon seuil de faim et de fatigue ? Trop heureuse d’avoir pu partager ça avec vous… Et curieuse de savoir quelle sera notre prochaine aventure… ?? 

Et bien sûr, merci, merci à nos bénévoles à domicile, Lola, Marie, Madeleine, François, Chanchan, Robi, Leslie, et Nounou Catherine qui ont tous géré nos filles comme des champions, peut-être plus fatigant que la course, avec le soleil et les paysages en moins… Un paquet de transitions à gérer, et sur deux semaines en plus !

Merci… Merci à nos filles de nous laisser partir et de nous faire la fête au retour, quel bonheur… 

Merci à Jean Luc, soutien sur place en or, on t’embauche ! 

Et à Sam d’Ertips, Youann, aux Gones Raideurs, à Lola pour les encouragements et tout le matos prêté ! 

A nos deux suiveurs de chocs : Fabien et Matthias, vous avez trop géré la retransmission sur facebook !

Et tous ceux qui nous ont suivis, encouragés, vos messages sont un véritable fournisseur d’énergie !! 

A l’orga, aux bénévoles (si nombreux ! Mention spéciale à Gilles, Jean Michel et Béatrice que nous aurons beaucoup croisés), quel travail, quelle aventure…

Longue vie au RIF ! #messagepourPascal

Et aux Réunionnais, tous chaleureux ! Sans oublier le personnel du camping Ermitage Lagon. On reviendra…

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Fabien, en une de l’écran de la cérémonie

Petite pensée pour Fabien la masse, tu nous as manqué ! Et on aurait bien aimé te voir batailler sur ton VTT en descendant du Maïdo 🙂

Puis très vite, lessives, séchages, empaquetages, valises… Cérémonie de clôture du RIF…

Retour à la civilisation avec une journée d’attente entre l’aéroport et St Denis (mode ville fantôme avec le blocage des gilets jaunes) pour Etienne, Maëlle et Joseph (Rémy et Jean-Luc sont restés quelques jours sur l’île ; mais c’est une autre histoire), partagée avec l’équipe Intersport Lyon DSN74 Hoka, et Jean-Michel, moments bien sympas. Jean-Michel nous sauvera une fois de plus à Paris en gérant au top la logistique retour : notre retard d’avion nous ayant fait rater le train, on vous laisse imaginer ce que ça peut donner une petite dizaine d’équipes de 4 personnes avec chacune une caisse à vélo à recaser dans un TGV… Mais tout s’est très bien passé… Puis à Lyon, retrouvailles sur le quai avec les filles, Robi et Chanchan, youpi !

Et maintenant ?

D’abord repos

 

 

Puis ski, puis… on a forcément un petit coin de cerveau déjà motivé pour imaginer une suite, une nouvelle aventure… à partager….

RIF 2018 – 2ème partie

« Des Hauts et des Bas »

Par la BimBimTeam, avec les commentaires de Maëlle, Rémy, Joseph, Etienne

Lien vers la 1ère partie.

SECTION C – VTT / 41km / 880 m D+ / 880 m D-

C’est parti pour explorer les cultures de canne à sucre de la Réunion ! Il est midi, aucune difficulté technique sur ce début de section, cependant l’orientation demande une grande concentration, à la fois sur le tracé initial et le choix d’itinéraire, et sur le suivi en direct… Etienne s’en sort d’une main de maître ! On dépasse les suisses de Berghaus dont les selles ont l’air moins confortables que les nôtres (^^). Le roadbook nous indique de suivre la plage sur une certaine distance donc on choisit ici de basculer en chaussures de trail pour préserver nos pieds dans les galets de la plage car il faut pousser le vélo.

 

Puis c’est reparti en selle, retour dans les champs puis on remonte les pentes. Jeu du chat et de la souris avec les russes qui nous doublent à vive allure, demandant à Maëlle de se pousser de l’autre côté de la piste pour doubler : “Leeeeft !”. OK, ok… On les doublera par suite sur leurs erreurs d’orientation. 

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Pause repas

Puis une escapade énergétique le long du parc photovoltaïque, de conduites forcées et du parc éolien qu’il faut “traverser par le haut”. [Sujet éolien qui nous aura questionnés… le roadbook indiquait “cross by the top the wind farm” = on a d’abord pensé qu’il fallait passer au dessus de la dernière éolienne…]  (volontaires pour ouvrir une DT CNR à la Réunion !!), avant de redescendre vers la côte par une pseudo piste de DH, de croiser de nombreux Réunionnais en plein barbecs – on se serait bien arrêté pour passer un peu de temps avec eux ! et rejoindre le sentier du littoral. Or qui dit sentier du littoral à vélo dit piège ! Le CP est si proche et pourtant si loin, le vieil adage du Raid In France est vérifié : “tant que t’es pas arrivé au CP, t’es pas arrivé au CP”. Notre vitesse de progression s’effondre : il faut pousser, porter, pousser, porter, se passer nos vélos pour passer des murs… Interminable… La nuit tombe…

Etienne rassemble les troupes et montre la carte : il y a une option route mais pour lui la route est interdite, et donc on doit continuer le sentier jusqu’à l’AT. Tout le monde valide, y’a une belle croix rouge sur la route. Plus tard, après avoir croisé un gars en VTT en enduro dans l’autre sens (quelle idée de faire ce sentier à vélo sans avoir de balise à pointer ?), après une réparation du dérailleur de Rémy, nous voici enfin à l’AT… les russes et les suisses sont là depuis 30min ! Ils ont pris la route interdite ? On est un peu déçu mais on se dit qu’on a joué le jeu. On apprendra plus tard que la route n’était pas interdite, mais à ce jour on n’a toujours pas compris comment ! Bref, transition un peu difficile pour nous, Joseph se fait soigner les pieds, Etienne répare le dérailleur de Rémy. Heureusement, Johnny de la petite boutique de l’AT, sur le point de fermer, nous offre 4 baguettes de pain beurrées, qu’on garnira de notre fameux boeuf séché… de quoi nous requinquer ! Promis Johnny, quand on reviendra à la Réunion, on viendra te raconter la fin de notre raid ! Johnny nous indique que pour la suite, le littoral passe. Ok, on prend !

SECTION D – Trek (+ VTT) / 27km / 330 m D+ / 210 m D-

Il est 21h, la 4ème nuit sur le RIF commence.

Nous voici donc partis sur cette nouvelle section de trek. Attention, ne pas se fier au dénivelé ou à la distance annoncés pour estimer un temps de parcours…

Sur recommandation de Johnny, on suit le littoral. La frontale de Maëlle fait des siennes (elle monte en température !) donc on bascule sur la frontale de réchappe. Sur le littoral, pleine nuit, il y a d’un côté la mer et des vagues puissantes, de l’autres les falaises. Entre les deux : nous sur des rochers, pleins de doutes sur le fait que ça débouche ou pas… Demi tour ? Allé Johnny, on a confiance en toi… On y va…

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De jour…

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De nuit.

Enfin, on aperçoit une barrière de bois… civilisation !! Le soulagement est là… Puis très vite, 4 frontales… les russes qui sont toujours aussi bavards : “cliffs northway” ! Ca tombe bien, on va plein sud et cela finit de nous réconforter. Nous voici repartis à bonne allure, de nouveau sur un sentier avec un discret balisage. Il se met à pleuvoir pile-poil quand le chemin devient de plus en plus scabreux… décidément, ça engage les treks. Puis le chemin se perd, et nous avec, lors de la première traversée de coulée de lave. De jour ça aurait été plus simple, mais c’est le jeu. On est dans un immense champ de pierre de lave noire, couverte de lichen blanc, à perte de vue, de nuit et sous la pluie, c’est ambiance… La coulée est constituée de pierres de tailles variables, du petit caillou au bloc de 40 cm de diamètre, qui roulent, et ultra abrasives = pas facile d’avancer vite là-dedans ! Comme dans la plupart de ces instants critiques nocturnes, on pense à ceux qui guettent notre bulle derrière leur écran et on se motive pour leur montrer qu’on avance, même si c’est lent, toujours en mouvement ! On retrouve une trace le long des falaises, mais (saura-t-on pourquoi un jour ?) d’un coup nos 4 paires d’yeux ne la voient plus. On tente alors une trace qui remonte, puis on se retrouve rapidement sur une grosse piste, qui rejoint la route N2 interdite, quasiment au point de départ. Le moral dans les chaussettes (trempées), la Bim Bim se rassemble en conseil de crise. Faut-il prendre la route pour avancer vers l’AT au plus vite et risquer une pénalité voire une disqualification ? Faut-il faire demi-tour et revenir dormir au sec pour rattaquer cette section de jour ? Faut-il redescendre le long des falaises et trouver cette maudite trace ? La 3ème option est la bonne et c’est celle choisie. On kiffe la persévérance de la Bim Bim Team, à ce moment critique aucun de nous 4 n’a montré de vrai signe de faiblesse 🙂 Etienne prend un gel caféine et repasse devant. La trace à suivre paraît évidente. On progresse vite et bien, jusqu’à… que le gel caféine ne fasse plus effet, ou plutôt jusqu’à ce que les falaises s’interrompent. La trace se perd à nouveau. On se retrouve trop au dessus, dans une coulée de lave. Il faut revenir vers les falaises. On choisit alors l’azimut. Etienne ne dit plus rien et passe devant faire sa propre trace dans la jungle et les ronces. 200m et 30min plus loin, la trace providentielle apparaît à nouveau sous nos pieds. Il ne reste plus qu’à ne plus s’écarter de cette falaise. On croisera un peu plus loin un groupe de pêcheurs (il est 3h du mat’) à qui on demande par où remonter jusqu’à la route (où nous attendent nos vélos car cette fois-ci elle sera autorisée). Information très utile : “y’a plein de chemins qui remontent !” On ne les dérangera pas plus, et on continue notre route, finalement sans trop d’aléa jusqu’aux vélos.

 

Petite transition où on croise l’équipe Aquitaine Safety qui continue à 3, et l’orga nous glisse que les russes sont en train de galérer à ouvrir leur propre chemin le long de la route… Pour avoir testé cette option sur 200m, on leur souhaite bien du courage ! Nos destriers nous ramènent rapidement à la transition (pendant que l’équipe voisine peine à réveiller un de ses coéquipiers, or dormir à vélo sur la route n’est pas très conseillé…), où il faut repartir pour le trek du piton de la Fournaise.

Cette section de coasteering fut anecdotique pour certaines équipes, bien moins pour d’autres !

SECTION E – Trek / 32km / 3 150 m D+ / 900 m D-

On repart très vite de cette transition, sans prendre le temps de dormir… Décision étonnante, on se dit qu’on n’est pas là pour planter de la rhubarbe, que le jour qui se lève va nous requinquer ainsi que tous vos messages que l’orga vient de nous remettre. Ne pas dormir à ce moment-là, LA grosse erreur du Raid. On apprend que les FMR ont abandonné un peu plus tôt un peu plus loin.

Le rythme est bon, Etienne se concentre sur la carte pour la prochaine balise. Mais 20 min après le départ, on tombe sur les suisses qui, exténués et sans eau (il n’y avait pas d’eau à l’AT), font demi-tour après avoir cherché la balise suivante 5h durant (!). Gloups. Nous voici sûrement un peu déstabilisés.  Car s’en suivra 5h (au moins) d’imprécision et d’indécision pour la BBT. Pour mieux verrouiller l’orientation et anticiper cette recherche qui s’annonce difficile, on commence à se poser mille questions à 4 sur les cartes. Il faut trouver l’embouchure d’une ravine à remonter sur quelques centaines de mètres pour trouver la balise. Doit-on se caler par rapport au relief ? par rapport à l’altitude ? par rapport au trait de côte ? par rapport aux montagnes qu’on voit au loin ? par rapport au temps mis jusqu’à présent pour arriver à cet endroit ? par rapport aux autres équipes qui nous rattrapent ? Chacun y va de sa théorie. La trace GPS est sympa à suivre, moins à vivre.

 

On enchaîne les aller-retours sans jamais prendre la décision de s’enfoncer dans la forêt pour trouver cette balise. Les ravines sont très peu marquées, l’altitude du chemin peu fiable. On finit par se décider à remonter la ravine la plus évidente, et on débouche sur la route (interdite), trop en amont. Ça nous permet au moins de se recaler et de se ravitailler en eau. Retour sur le chemin côtier. On remonte un pseudo-vallon puis Maëlle tombe sur la balise. Ouf. Petite pause sur la route pour retrouver nos esprits et notre confiance. Les suisses et les polonais nous ont rattrapés dans la bataille. Les russes et Absolu2 sont repassés devant sans qu’on les aperçoive.

S’il n’y a plus de question à se poser en orientation, la progression n’en est pas plus rapide. Ça grimpe fort. Béa d’Endorphinmag est encore là pour nous encourager au début de la montée. La végétation est de plus en plus dense. Et humide.

L2

Montée au Piton de la Fournaise

Genre ruisseau de boue. On voulait lire les messages pour mieux faire passer la montée mais ce n’est pas possible techniquement… tant pis, ce sera pour plus tard. Jamais marché dans autant de boue moi, on se fait aspirer les pieds et les bâtons par des flaques de fange. On est trempés. Rémy, en short râle sur ces herbes qui lui lacèrent les tibias, mais serre les dents et attend une relative éclaircie pour enfiler son sur-pantalon (trop précieux d’avoir des habits longs secs pour quand il fait vraiment froid…) J’essaie de trouver ma respiration derrière le rideau de feuilles qu’il faut traverser en permanence, je dois avoir un problème de taille 🙂 . Il faudra attendre 2000m d’altitude et le chemin le long des remparts pour que la végétation laisse la place à un vrai chemin. Un paysage sûrement hors du commun, mais de nuit et dans le brouillard on n’en profite pas vraiment, dommage ! Le chemin s’améliore, donc, mais ce n’est jamais gagné : la nuit tombe rapidement, et Joseph rentre doucement dans un état second. Il dort debout, devient somnambule. Cet état nous le connaissions pour l’avoir tous vécu, mais ça n’avait jamais duré. Là, Joseph ne semble pas décidé à retrouver rapidement ses esprits. Il nous lâche des phrases dénuées de sens, comme “Et si il y a trop d’eau dans ma rivière ?”. Il fait nuit, il fait froid, on voudrait bien tirer jusqu’à la prochaine transition et descendre en altitude. Bref, on ne fait pas les malins. On se relaie pour prendre en charge Joseph mais rien n’y fait. On s’arrêtera 30min sous le bothybag (toile de tente qui forme un abri de secours avec les 4 bonhommes comme piquets très efficace, et plutôt rigolo quand l’un des bonhommes bascule dans son sommeil). Sortir de ce cocon plutôt douillet pour retrouver le froid humide de la nuit est une vraie épreuve. On repart mais Joseph est toujours en transe. Arrêt forcé d’1h30, allongés cette fois. On protège Joseph sous les couvertures de survie. 1h30 de sommeil / attente dans le froid, on a atteint les limites des bivy bags. Réveil horrible dans le froid et l’humidité, frigorifiés ; il faut remettre les chaussettes mouillées et donc glacées, brrr. Joseph a un peu retrouvé ses esprits et on rejoint tant bien que mal l’AT peu avant le lever du jour.

Quand le sommeil tombe comme ça, on ne peut pas y faire grand chose… Au moins, je n’ai pas “mal” vécu cette portion galère comme les autres, si ce n’est que je commençais à trouver mon rêve un peu long ! Le Piton de la Fournaise, pour moi, restera des “flashs de lucidité” au milieu d’un décor lunaire, entrecoupés de souvenirs d’un Rémy obligé de me parler toutes les 2 sec, sans quoi la machine s’arrêtait.

 

SECTION F – VTT (+ trek et grotte) / 51km / 760 m D+  / 2 800 m D-

Démarrage de section un peu binaire : d’une part la fatigue de l’épisode sommeil du piton de la fournaise est encore là, d’autre part, on a potentiellement un bon coup à jouer si on accélère la cadence :

  • démarrer le kayak de mer avant la darkzone,
  • sécuriser notre classement (et surtout éviter ainsi de se retrouver dans un peloton d’équipes sur l’eau),
  • couper la longue section de kayak en deux, 
  • faire la descente du Maïdo de jour.

Il est 4h du matin, l’heure limite pour embarquer sur les kayak est à 15h30. Entre les deux il nous faudra enchaîner VTT, transition VTT-trek, mini trek, transition trek-kayak.

Ça parait très alléchant mais en sommes-nous capables ? Semi décision : on ne traine pas trop, sans se mettre dans le rouge… (pour l’instant…) Y’a pas à dire, une fois sur nos vélos ça va mieux. Pour ma part je pique du nez, ce qui rend cette première partie en descente rapide sur la route hyper dangereuse, j’aime pas ça ! Après quelques minutes de jardinage à chercher une balise dans la nuit, on arrive à la fameuse portion du Parc National où il est interdit de poser les fesses sur sa selle. L’orga bride nos montures en attachant les manivelles (pédales) au cadre. Pas très gênant au début, car même à pied le chemin n’est pas évident. Ça devient rapidement plus frustrant mais il faut rester patient, encore 1300m de déniv à descendre comme ça (quel gâchis !). Petite pause spéléo au milieu, agressive pour nos vêtements dans un tunnel de lave aux rochers acérés. Atypique ! Nous avons une heure pour faire la section, en théorie c’est large donc on a un mini espoir de sieste, mais en fait pour que ce soit large il faut courir donc bon, on mettra une heure…

 

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Puis c’est reparti à pousser le vélo, la motivation de la porte horaire de la darkzone en kayak nous aide à conserver une vitesse intéressante. Le vélo nous permet, même si on ne peut pas monter dessus, de s’appuyer dessus donc limiter l’usure des pieds.

Sortis du Parc National, on peut enfin remonter sur nos vélos. Youhou ! Youhou ! Le chemin se transforme rapidement en piste de galets au fond du lit de la rivière des Remparts. Rendement limité, tantôt sur les galets, tantôt sur du sable. Mais c’est descendant et on a l’impression de plutôt bien s’en sortir, c’est plutôt ludique et l’ambiance est splendide ! Au final c’est plutôt une formalité pour nous, là ou d’autres équipes moins portées sur le VTT ont dû pas mal pester sur les difficultés à garder l’équilibre dans les graviers.

Le soleil brille, le cadre est splendide, tout le monde est réveillé (euh, moi dès que la rivière était terminée et qu’on a basculé sur la route, ça a été sieste permanente à vélo…) Joseph est parmi nous, et ça fait bien plaisir après la nuit passée : feu ! Il nous reste alors deux heures de VTT bien moins ludique, sur piste et route, entre les champs de cannes et les habitations.

 

On croise un paysan en train de faucher son champs de cannes. Etienne prend son temps et sympathise avec le mec. L’autochtone, tout gentil, s’excuse pour la gêne occasionnée, nous offre un petit bout de canne à sucre à mordiller et propose de porter le vélo de Maëlle par dessus les tas de cannes qui encombrent le chemin (pour sûr, ce n’est pas lui qui mettra un #Giletjaune !). Après ce petit interlude, nous sommes prêts à affronter les pentes bétonnées très marquées (dans les 20%, on aura encore plus au Maïdo). Rémy se met dans le rouge en tractant Maëlle. On a l’impression d’avoir un rythme de ouf, de sprinter, impensable en milieu de raid ! Mais l’enjeu est trop important. Fait étonnant : depuis la tombée de la nuit dernière et jusqu’au kayak, j’ai une impression de déjà-vu PERMANENTE. C’est plutôt perturbant.

Arrivés à l’AT, l’orga nous apprend que l’heure limite de départ en kayak a été avancée à 15h. Il est 13h45, meilleur temps de section annoncé en 1h, va pas falloir trainer, ni dans la transition, ni sur le terrain !

à suivre…

Lien vers la 3ème partie.

RIF 2018 – 1ère partie

“La Bim Bim lé là !”

Par la BimBimTeam, avec les commentaires de Maëlle, Rémy, Joseph, Etienne

Nous voilà à nouveau bien installés à 10km d’altitude, volant à près de 1000 km/h. Quel contraste par rapport à ce qu’on vient de vivre durant une semaine, grappillant le dénivelé mètre après mètre, à une ridicule allure moyenne de 2.68 km/h. Les yeux n’ont pas de mal à se fermer, et l’esprit prend enfin le temps de digérer ce qu’on vient de vivre. Je ne sais plus si l’aventure a commencé mercredi dernier une fois lâchés dans la jungle au dessus d’Hell-Bourg, ou il y a 15 jours en chargeant les caisses à vélo et les valises qui explosent sous leur poids dans le TGV-Air, ou même il y a 9 mois quand on prend l’étrange décision de s’inscrire au RIF 2018 – destination la Réunion ! Ce qui est sûr, c’est qu’on vient de vivre une aventure extraordinaire. Alors merci à tous ceux qui nous ont permis de faire ça, merci pour votre aide et vos soutiens ! Et merci à la famille du Raid In France pour cette organisation exceptionnelle !

DépartVoyagepréparation course

Nous voilà donc partis, quittant la métropole, chargés chacun d’une caisse à vélo de 20 kg et d’au moins une valise de 25kg, et un sac cabine ++, soit 2 packrafts, 1 pompe, 5 pagaies, 4 vélos, 1 pneu de rechange, 56 sachets repas, 3kg de graines, 1kg de bonbons, 1 paquet de vêtements techniques, 1 maillot de bain chacun et j’en passe…

Dès la gare Part Dieu, on est accueillis par Jean-Michel, bénévole qui passera un bon bout de cette aventure avec nous, puis rapidement entourés de nombreux autres bénévoles (dont Béatrice de la food team – on en reparlera 😉 ) et d’autres équipes, belle ambiance ! A Paris, on retrouve Jean-Luc, le papa de Rémy, qui sera notre précieux assistant/reporter/HATF (Homme À Tout Faire) durant ces 2 semaines. C’est un peu la bataille pour le TGV (il faut imaginer 5 équipes donc 20 caisses à vélos hors gabarit à charger dans un train de voyageur pendant les 2 minutes d’arrêt) ; puis l’enregistrement des bagages pour l’avion se passe étrangement bien (merci l’indulgence de nos interlocuteurs d’Air Austral à la pesée !).

Dans l’avion, Etienne Joseph et Maëlle sont assis juste derrière Gilles Lelièvre, star incontournable du canoë français, ancien raideur de haut niveau, bénévole traceur sur ce RIF, et surtout un sourire permanent et une gentillesse incroyable, on se croisera souvent lors de ce RIF et ce sera toujours un bon boost pour le moral ! On discute donc RIF et kayak, et on comprend tout de suite qu’on ne sera pas déçus sur les sections aquatiques… et que ça promet d’être sportif ! Rémy est quant à lui à côté de Jean-Michel ; donc on est bien entourés…

On se retrouve très vite à St Denis de la Réunion, accueillis par les bénévoles du RIF qui nous prennent en charge pour nous amener au camp de base à St Gilles. Grosse efficacité de l’orga, à peine sortis de l’avion on est déjà assis dans un bus, les vélos chargés dans un camion. Une fois arrivés Maëlle et Rémy insistent pour valider au plus vite les vérifications techniques (matériel, cordes, médecin etc.). Ils ont raison, ça nous permet d’être plus sereins tout de suite pour préparer la nourriture et profiter de la plage d’ici le briefing mardi soir. Les vérifs matos sont fastidieuses, mais finalement validées malgré un gros moment de doute sur nos bivy bag (sac de couchage de survie) achetés pour l’occasion. Ils sont en effet fort légers, mais répondent pile poil aux spécifications de la liste matos obligatoire (après vérification internet…). Le test cordes est une formalité de notre côté, et le check pharmacie nous permet de rencontrer Lise, la jeune médecin qu’on recroisera le long du parcours.

Le climat est ma foi bien agréable ici 🙂 Les nuages s’accrochent rapidement aux montagnes, mais le soleil et la douceur sont bien appréciés au camp de base. Dommage qu’il faille attendre encore quelques jours avant de goûter au Ti-punch 😉 En attendant on met en place une routine lever, baignade, ptit dej, prépa course, sieste. Sympa ! On reçoit même la visite de Corentin, ami et collègue en vacances sur place, qui nous briefe sur les conditions des chemins en montagne.

 

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Grosse étape de la préparation : compléter notre nourriture pour le raid, alors on part faire des courses au Score (le supermarché local, dont le nom a sûrement été créé par un orienteur). On croise de nombreuses équipes qui font de même, l’occasion de faire de l’espionnage industriel sur ce qui nourrit les concurrents (dont les néo-zélandais !). C’est souvent sans surprise, coca, chips, gâteaux. Comme prévu la Réunion offre tout ce qu’on peut trouver en métropole, crème de marron, pom’potes…etc. Mais en terme de budget, on a quand même très bien fait de ramener 80% de notre nourriture (sachets bio de riz/ravioli/boulgour, graines, barres).

Un petit tour de vélo pour aller saluer nos amis de Roc Mecojit (merci encore pour les sachets sous vide !), on croise au passage les FMR qui rentrent d’un tour de VTT, laissant sur la route des traînées de liquide anticrevaison… ça nous effraie un peu et on file à St-Gilles  acheter une chambre à air de plus et remettre du préventif dans les pneus.

Mardi 18h : briefing. La BimBim est stratégiquement placée derrière Avaya (ndlr : les favoris néo-zélandais), pas pour écouter leur stratégie, mais plutôt pour échapper au soleil de plomb qui assomme l’assemblée. Ça a l’air plutôt pénible d’être un favori car ils ont des objectifs braqués en permanence sur eux.

On découvre un parcours qui devrait tenir toutes ses promesses. Notamment un premier trek de 2 jours / 110km, annoncé en 40-60h, lors duquel il faudra préserver ses pieds. On a du mal à concevoir cette distance et cette durée pour la première section (il y a 2 semaines sur le Trail Bourbon, Corentin a mis seulement 20h pour parcourir cette distance…). Mais une fois derrière nous le reste du parcours devrait plutôt nous convenir avec notamment la confirmation d’une descente finale du Maïdo en VTT (on n’allait quand même pas manquer ça !).

On se dépêche de rentrer à la tente finir les préparatifs et se reposer. Il faudra tout donner à l’organisation demain 11h.

Mercredi matin : c’est l’effervescence au camp de base. Il faut tout répartir, nourriture, vêtements de rechange, matériel technique, etc… dans 3 caisses qu’on retrouvera à différents points de parcours. On est large sur le poids, on retourne au supermarché acheter quelques goodies de plus. Une fois les caisses pesées et confiées à l’orga, direction les bus qui nous emmènent fissa à Hell-Bourg, lieu du grand départ. C’est aussi à ce moment que Jean-Luc troque sa casquette d’assistant logistique pour celle de bénévole de l’organisation.

Bilan : cette phase de préparation s’est déroulée de façon très sereine ! On avait anticipé pas mal de choses, ce qui nous a permis de ne jamais être dans le rush, et de profiter un minimum du camping et de la plage. Quelle différence par rapport à la panique du RIF 2012, on était si jeunes 🙂

Prologue

Étrange silence dans le bus, où à mesure qu’on s’enfonce dans le cirque de Salazie chacun observe béat les parois végétales verticales dont on aperçoit à peine le sommet et les cascades qui jaillissent au fond des vallons. L’atmosphère se réchauffe à la sortie du bus, où Lucille nous accueille pour l’épreuve du “kours la rou”. Première épreuve de ce raid, un relais dans les rues du village où nous devrons pousser un pneu de voiture avec des bâtons. Les enfants ont décoré leur roue de plein de couleurs, et ils nous amènent parader dans les rues, chacun derrière le drapeau national de l’équipe. On prépare la course : Lucille nous explique la technique dite de Mayotte, où les bâtons sont tenus au creux du pneu par un fond de bouteille en plastique. Ca aide dans les virages, et le coefficient de frottement des bâtons dans le pneu est amélioré, d’autant plus qu’on ajoute un peu de liquide vaisselle. Bref : on est confiants 🙂 Mais le jury est sévère et invalide cette technique. Tant pis. Etienne se lance à fond sur son relai, passe la roue à Maëlle qu’il réussit difficilement à suivre. Rémy enchaîne avec une section technique comportant une série d’escaliers qu’il avale facilement avec une technique de blocage / relâche mûrie suite à l’observation des équipes précédentes. Reste un virage à négocier pour Joseph et le sprint final pour Lucille. La BimBim peine à suivre sa jeune recrue ! D’abord annoncés 5ème, le résultats sont corrigés pour nous monter à la 3ème place ! La BimBim lé la ! Béatrice la bénévole vient me voir : “Je vous préviens, je vais vous suivre et je serai là à l’arrivée, alors tu dis à tes gars, quand vous êtes fatigués, faut continuer !!”

 

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Repas du soir fourni par l’orga, spécialités locales poulet boucané / gâteau patates, on se régale, puis courte nuit en commun dans un gymnase (du style : pas facile de trouver le sommeil alors qu’à côté ils ronflent !).

SECTION A – Trek / 106 km / 7 620m D+ / 8 140 m D-

Finir 3ème du prologue implique certaines responsabilités : partir en 3ème position, 30sec. derrière les 2èmes, 1min après les 1ers. Ca râle un peu chez les favoris car certains partiront plus de 20min derrière…  la voix de Pascal Bahuaud tonne : “Equipe 35 – Bim Bim Team”

6:01:30 – 3,2,1 c’est parti ! A grandes foulées pour la photo, on s’élance chercher les cartes un peu plus loin. On prend notre temps, 2 minutes pour partir dans la bonne direction. On part à bon rythme, direction un canyon sauvage (ouvert au coupe-coupe par l’organisation), c’est la jungle : Bienvenue au RIF !

 

Alors qu’on suivait un groupe de plusieurs équipes (dont DSN74 HOKA) Etienne choisit une alternative pour trouver l’entrée du canyon, rejoindre un col évident devrait nous mettre à l’aplomb du vallon à rejoindre. Manque de bol, ça passe moins facilement, on se retrouve face à la réputation de la Réunion : la végétation est infranchissable si on ne choisit pas l’itinéraire optimal. On perd quelques minutes pour trouver une passe, juste de quoi se retrouver derrière pas mal d’équipes et bouchonner un peu plus longtemps aux rappels… La route est longue, cela nous permet de poser le rythme.

Pour se remettre dans l’ambiance : on est en train de progresser dans une jungle épaisse, des feuilles type bananiers énormes, et l’itinéraire est entrecoupé de quelques jolis rappels avec arrivée pieds dans l’eau.

On se remet en marche pour rejoindre Aurère (en temps et en heure) et le cirque de Mafate. On marche un peu le temps que les chaussures sèchent un minimum, puis changement de chaussettes avec première d’une des nombreuses pauses Nok (crème anti-frottement). Lozère Team2Raid et Transdev nous doublent. C’est sympa de faire quelques kilomètres avec une top team comme Lozère. On s’accroche sans s’accrocher, le rythme est déjà bon. Les sentiers sont superbes, les points de vue exceptionnels. Dommage que quelques nuages couvrent déjà les hauteurs. Après le CP d’Aurère, le prochain point de passage obligé est le col du Taïbit, soit plus de 7h de marche plus loin. Deux options sont possibles, par le haut et la rive droite ou par le bas et la rive gauche. On prendra la 2ème option, difficile de dire même à posteriori quelle était la meilleure, les équipes se répartissant sur les deux itinéraires. Dans tous les cas, notre option est jolie, et le rythme reste bon. On croise quelques équipes avec des états de formes variables : Agde (en difficulté, ils abandonneront bientôt), l’équipe familiale d’Outdoor de Coeur, les Polonais… On recroise une dernière fois Lozère qui se sont remis pour de bon. “Allez, donnez tout, on veut plus vous voir !”. On ne les reverra plus, ils termineront à une belle 6ème place. On prend fréquemment le temps de bichonner les pieds, de manger, rien ne presse pour cette première étape qui ne fait que commencer.

 

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La nuit venue, on s’arrête quelques instants au gîte de Marla, très bien accueillis par le tenancier qui nous offre les reste de pain (trop bon 🙂 car on commence déjà à saturer des sachets ou des graines ce qu’on a amenés… (perso j’ai kiffé les graines tout le long du raid 🙂 ). Après une descente vertigineuse en long enchaînement de hautes marches qui passe plutôt bien, Etienne demande ensuite à s’arrêter 2h au CP3, prendre des premières heures de repos avec l’espoir que son estomac se remette d’aplomb. Le repos n’est pas d’une grande qualité (surtout pour Joseph, point qui aura son importance un peu plus tard), il fait froid, humide, et on n’aura que des rochers en guise de matelas. Mais le jour qui pointe son nez va nous revigorer.

L’orga nous propose un rappel en fil d’araignée magnifique, 80m les pieds dans le vide avec arrivée dans la rivière. Plouf, il est 5:00 du mat, on est trempés. Ha oui c’est vrai, j’avais oublié qu’au RIF dans les sections de trek y a souvent de la natation... On suit le lit de la rivière pour sortir, et là on se retourne pour voir d’où l’on vient… pause… la rivière chemine au pied de ce canyon aux falaises marbrées… paysage qui marque…

 

L’esprit RIF est bien là ! Direction le CP4 à Cilaos, timing parfait pour profiter de l’ouverture de la boulangerie. On croise des têtes connues, les TUC, Nantes et Arverne… Et on enchaine ensuite sur la montée la plus raide du monde (apparemment faite en descente à la Diagonale des fous) ! Malheureusement, le timing bon pour la boulange n’est pas bon pour le paysage. On se retrouve dans les nuages à l’approche du sommet du Piton des Neiges. On laisse les sandwichs achetés à Cilaos au refuge avant l’aller-retour au sommet. Fin d’ascension difficile pour moi, instants de doute sur cette épreuve dantesque, il reste tant à parcourir ! et comment vont survivre nos pieds et muscles à cette descente sans fin qui s’annonce ?

Toutefois, au sommet, vers 13h, c’est quand même un beau jalon qui est franchi. 3000m d’altitude, presque tout le dénivelé positif (7500m !) de cette section est avalé. On est accueilli par la journaliste d’Expedition Africa dont l’enthousiasme fait chaud au cœur, et on est rejoint par les jeunes equatoriens de Movistar.

A notre retour, les sandwiches réservés pour cet instant ont disparus ! Coup dur pour la Bim Bim. Ça a l’air plutôt accessoire, mais il faut se remettre dans le contexte : de la nourriture fraîche qu’on s’est fait miroiter pendant tout l’aller-retour au Piton qui disparaît, ça met un bon coup au moral ! Rémy interroge tous les passants, le gardien du gîte et le bénévole du CP, quand Etienne fouille la poubelle et les retrouve (intacts) tout au fond…  On peut repartir, l’estomac satisfait, pour la descente vers la forêt de Bélouve (on note au passage la siouxitude de l’orga qui ne fait pas juxtaposer les cartes 1 et 2…). Le chemin est technique, mais la BimBim lé la. La descente dans les gros cailloux puis des passerelles en bois devient même très ludique ! Petit détour par le gîte de Bélouve pour ravitailler en eau. C’est bien calé ici, on serait bien resté boire une dodo en terrasse et passer la nuit !

 

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Puis la nuit approchant, on se lance dans la montée verticale vers la plaine des Lianes : un enchaînement d’échelles et de crapahute en s’accrochant aux racines. Jamais vu un truc en forêt aussi raide moi, on se sert littéralement des racines comme d’échelon. Un genre de via xylota. Ca nous plait ! S’ensuit un cheminement dans la végétation tropicale dense, ce qui nous maintient mouillés mais éveillés. Franchement ce passage est hyper relou, et loooong (moi j’aime bien) : forêt primaire, on enjambe un arbre en travers, on passe sous un arbre en travers, on se prend une branche dans la tête, on glisse dans la boue, on se prend une branche dans les côtes…etc. Après environ 6h de progression laborieuse, on débouche sur une piste. “Gite de Bélouve 11h” indique le panneau en sens inverse. Ce petit bout de piste nous assoupit et nous vaut un petit aller-retour bonus, puis c’est l’arrivée à l’AT1 au milieu des champs de cannes. Etienne peste car l’AT est au milieu d’une propriété privée qu’on n’ose pas traverser de nuit… On finit par apercevoir la tente bénévole providentielle, alors que les premières équipes repartent groupées pour la section packraft suivante (certaines sont là depuis plus de 7h…). La Bim Bim n’enchaîne pas et profitera sagement de 3h de sommeil, non sans avoir fait la transition (préparation des affaires de rivière) avec une lucidité très perfectible. On a une belle marge de progression sur nos transitions !

Il est 2h du mat’, deuxième nuit sur le RIF, une énorme étape est validée, plus de 100km de trek DUR, les pieds, les cuisses et le mental sont bien entamés. On n’exulte pas : il reste du chemin !

SECTION B – Packraft (+ cordes) / 45km / 710 m D+ / 1 370 m D-

Réveil par une fine pluie. On s’équipe rapidos et on se dirige vers les rappels qui nous mèneront au départ Packraft. Le rappel arrive (encore une fois) au milieu d’une vasque où il faudra nager : réveil efficace ! On retrouve Movistar et Arverne. Ça papote à l’avant, on loupe l’embarcadère ce qui nous vaut un petit A/R gratuit… Les équipes rivalisent au gonflage PackRaft. Arverne gonfle au sac, nous à la pompe. Timing équivalent mais notre choix ne sollicite qu’une personne (ils sont au moins 2 à gonfler chez Arverne), ce qui laisse le temps aux autres de se préparer en étant moins pressés. On embarque en même temps sur la Rivière du Mât que le manque d’eau rend complexe à naviguer, mais tout à fait ludique ! Je me régale sur cette section, et quand il n’y a pas assez d’eau je passe les rapides toute seule à bord, pratique…  Il faut souvent descendre, pousser, porter… Le packraft en prend un coup et on déplore une ouverture dans un boudin et des petits trous dans le fond. Pas de panique, on sort notre scotch T-Rex, le 1er collage ne sera pas le bon mais on ne s’en sortira pas si mal. On se rapproche tout de même assez vite de la mer, en croisant les pêcheurs de Bichique (“kaviar local” qu’ils nous disent).

 

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Petite pause sous le zénith le temps de dégonfler et préparer les pieds à la marche. On trouve quelques samoussas pour le pique-nique et alors que Maëlle tchatche avec Béa d’Endorphinmag, les gars regonflent les Packrafts pour remonter la rivière des Roches. On a peur d’une partie galère mais finalement c’est assez judicieux, avec des bonnes portions Pack (portage par delà les rapides sur les cailloux glissants (merci les gars pour le portage !) et Raft (pagayer sur les zones d’eau calme, dans lesquelles on croisera plusieurs personnes avec masque et tuba, en mode pêche). Tout ça débouche sur la cascade de la Paix… pause… majestueux ! La rivière a dessiné dans la roche une large anse et s’écoule dans un impressionnant rideau d’eau… (comment ça j’aime bien les rivières ?), où les touristes s’amusent à discuter avec nous tandis qu’on plie les affaires et prépare les pieds pour une bonne promenade.

Raconté comme ça on dirait que c’était les vacances, mais moi elle m’a un peu rincé cette section, sauter de caillou en caillou c’est rigolo, mais en portant un raft c’est pas la même. En plus au moment de déballer les affaires, je m’aperçois avec effroi que ma micro-doudoune (élément clé pour une bonne nuit dans le froid) a pris l’eau : elle devient un véritable poids mort inutile.

 

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Le début de la partie trek suit la rivière et laisse de bons points de vue sur les cascades et vastes bassines qui s’enchaînent. Etienne tente une trace raide++++ qui remonte sur le plateau d’Abondance. Sans en faire tout un fromage, on poursuit dans la bonne direction, sans être toujours très bien calés. La nuit n’aide pas à confirmer la position. Un journaliste en profite pour nous filmer alors qu’on croise les russes en sens inverse (et plutôt renfrognés). Moment de doute ? Sans plus, la balise se confirme juste un peu plus loin. En revanche, le RoadBook conseille de trouver un “wild track” qui rejoint la D53 plus au sud. Après 1h de jardinage, on se résout à faire le tour (comme les russes 1h30 plus tôt). A notre tour de croiser les équipes suivantes (Arverne et Absolu2 notamment) et de leur souhaiter bon courage…

Remontée sur la route. C’est pas bien marrant mais on peut manger, s’arrêter prendre de l’eau et des bananes chez l’habitant. A noter : nos sacs sont LOURDS. Bateaux, pagaies, pompe, baudriers & ferraille, nourriture en trop grande quantité, affaires mouillées. On approche des 15kg…

On arrive seuls au CP9, vers minuit, prenant nos aises et 4h de repos sous un kiosque. Le timing est respecté, nous savions que nous aurions à nous arrêter là en attendant le jour suivant pour se lancer dans la navigation suivante (interdite de nuit). Pour ma part je trouve le temps long : il fait trop froid (ma doudoune 😦 ), le sol est trop dur, je me repose 2 bonnes heures mais le reste n’est qu’un genre d’attente grelottante peu agréable.

Peu avant le lever du soleil, on émerge pour plonger sur la rivière des Marsouins, dans les gorges de Takamaka. La descente à pied est belle, raide et engagée. La pluie rajoute de l’ambiance. On s’accroche aux cordes à nœuds, sécurisant la chute de temps en temps avec nos longes. C’est vertigineux et tropical. On n’est pas déçu ! Les guides nous accueillent dans un rappel final avec humour et bonne humeur. Ils sont trop cools et n’ont pas une vie facile non plus, à poireauter pendant des jours entiers dans ces vasques humides au possible ! On serait bien descendus direct par la cascade, mais le guide nous explique qu’il aurait fallu enchainer 5 ou 6 rappels… Nous revoilà sur nos packrafts. La rivière est belle, l’ambiance dans les gorges superbe. Les rapides de classe 3 s’enchainent bien, impressionnant ! La navigation est toutefois plus technique et sportive. Et les bateaux se font remuer d’une force ! Robustes quand même ces ptits packrafts. On est alors content d’avoir nos écopes car on remplit les bateaux à chaque rapide.

 

On double les suisses sans les voir (ils auraient crevé un bateau et terminé à pied). La fin de la section est plus pénible avec pas assez d’eau pour progresser de façon fluide. Jean-Luc, qui aura passé 4 jours à la TA2 au titre de l’organisation, nous accueille à l’embouchure puis c’est la transition. On prend le temps de recharger les batteries (au propre comme au figuré), de tracer la carte de la section suivante, puis c’est reparti ! Balles neuves, on enfile une tenue toute propre (et sèche !) pour faire du vélo. On remplit nos estomacs avec tout ce qui traine dans nos caisses d’assistance : Pringles, coca, eau pétillantes, vache qui rit, rillettes de saumon.

 

Et tiens, on n’aurait pas déjà fait la moitié du déniv de la course ? c’est bon ça !

à suivre…

Lien vers la deuxième partie.

Raid In France 2018 – Les tops et les flops !

Le 14 novembre, Maëlle, Etienne, Joseph et Rémy, AKA la Bim Bim Team Raid, bouclaient les 420km et 16000m de déniv du Raid in France à la Réunion.

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Voir le parcours ici pour ceux qui n’ont rien suivi sur Facebook : http://live.arworldseries.com/arwc18/

En attendant notre récit exhaustif qu’on est en train de peaufiner, on vous propose une petite mise en bouche avec les tops et les flops de notre périple !

 

Top 3 des meilleurs repas (on commence par le plus important) :

  • Les pâtisseries et sandwiches de la boulange de Cilaos.
  • Les samoussas de Bras Panon.
  • Lentilles / thon à l’huile, combinaison découverte bien trop tard dans le raid !
  • Le cari Ti’jacque boucané à l’Hermitage (comment ça ça fait 4 ?)

 

Top 3 des meilleurs trucs à grignoter en route :

  • Le nougat aptonia
  • Les gateaux apéro
  • Les dragibus

 

Top 5 des meilleurs instants :

  • Les paysages de la première journée dans Mafate, quand il faisait beau et qu’on y voyait quelque chose.
  • Le rappel de 80m en fil d’araignée dans la cathédrale au lever du jour.
  • Les premiers coups de pagaie dans la rivière du mât après 2 jours de trek intenses.
  • L’arrivée à l’embarcation du kayak de mer, à 14h45, dans les temps pour la porte horaire, après une journée entière de “sprint”.
  • La descente vélo du Maïdooooo !

 

Flop 3 des pires instants :

  • Perdre 5h à chercher la balise de la ravine Takamaka.
  • La nuit – le réveil ! – dans la plaines des sables avec un Joseph somnambule et un froid mordant.
  • les derniers tours de pédales dans les plantations, à jongler entre propriétés privées, chemins pénibles et envie d’en finir.

 

Top 3 des autochtones rencontrés :

  • Les gens sur la montée au CP9 qui nous ont offert eau et bananes.
  • Le paysan qui venait de couper son champ de canne, qui nous en offre un bout à sucer et qui porte le vélo de Maëlle.
  • Johnny-les-bons-tuyaux-et-les-sandwiches-au-beurre et ses indications sur le chemin côtier. 

 

Flop 4 du matos useless :

  • L’anti-moustique : au final on en a mis 2-3 fois puis on a fait l’impasse.
  • Les sachets “Bjorg” – une consommation moitié inférieure aux prévisions, Rémy et Jean-Luc en ont mangé tout le reste du séjour après le raid !
  • La chambre à air supplémentaire rachetée en dernière minute et toute la trousse de répa vélo : environ zéro tuile mécanique !
  • Les combis néoprène qu’on a porté tout le raid. Trop les vacances, on est resté en short tout le long.

 

Top 3 du matos usefull :

  • La crème nok anti-frottement. On s’en est très bien sorti au niveau de nos pieds 🙂
  • Les vêtements longs (au sens jambes longues = protection végétation et soleil…)
  • L’écope en packraft
  • Les bivy bag et le bothy ! légers & efficaces…

Sainté(très)Lyon

Flanqué de mon dossard 7084 et de ma doudoune la plus chaude, l’aventure commence quand je claque la porte de chez moi samedi 2 décembre à 20h pour aller prendre le train direction Saint-Etienne, l’estomac lourd d’une dernière plâtrée de pâtes avalée quelques instants plus tôt, et le foie léger de 6 jours d’abstinence alcoolique. La gare de Perrache s’est transformée en annexe du parc de la tête d’or, et plusieurs dizaines de coureurs s’y rassemblent avant de grimper dans le train. Une fois le train en route, j’assiste au « déballement de matos » de mes voisins, ravis de profiter des progrès de la technologie pour évacuer mieux la transpiration, équilibrer le pied, éclairer la nuit ou hydrater les tétons. Pris de panique, je vérifie machinalement mon matos. Il se sépare en quatre catégories  :

  1. Le mien, acheté pour l’occasion : néant
  2. Le mien, datant de quelques mois/années : Chaussures de trail, montre Décathlon, collant de ski, t-shirt à manches longues
  3. Offert par la SaintéLyon : bonnet, chaussettes, tour de cou
  4. Emprunté : frontale, short, t-shirt, coupe-vent, gants

Arrivés en gare de Saint-Etienne Chateaucreux, la moitié du boulot est fait, comme le dit justement Kévin, mon acolyte d’aventure. Reste plus qu’à revenir à Lyon…

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