Corsica is Magic – ARWC 2026

C’est parti pour le grand défi de l’année, et, on en aura confirmation un peu plus tard, le grand défi de notre vie !

Raid In France en Corse, finale du circuit mondial de course aventure… Quelques mots plein de promesses de paysages grandioses et d’un parcours d’une technicité hors norme. Et aussi un format XXXL.. De quoi faire peur mais aussi faire rêver et c’est le rêve qui l’a emporté !

Nous voici donc engagés sur l’épreuve près d’un an en amont, en sachant que le niveau allait être particulièrement relevé tant côté parcours que côté équipes présentes, en format d’équipe BimBimTeam avec Fabien, Damien, Etienne et Maëlle, équipe #67, six seven, pour le plus grand plaisir des jeunes !

Y a plus qu’à ! Plein d’autres copains sont de la partie : Joseph dans l’équipe des Muc (#14), Lola Mat Alaïs Cédric (#72), deux équipes gones (#72 et #73), et les copains français : Les favoris 400 team (#1), et de grosses grosses équipes LSN (#62 et #70), Absolu (#20) raidaventures.fr (#86) + Expenature.fr (#63) etc.

Pour ce raid, pas de préparation physique particulière hormis nos routines habituelles, mais pas mal de sorties plaisir entre copains et en famille, d’eaux-vives et de montagne et on a beaucoup travaillé pour Etienne la gestion de la digestion avec des analyses pour comprendre l’origine et derrière avoir la bonne malette à outils, et préparation en amont de la course sur le matériel et la nutrition pour que tout soit le plus fluide possible au départ.

Petit intermède samedi soir dans notre prépa avec le match de hand de l’équipe de France femmes à l’OL Arena en familles pour se mettre dans l’ambiance !

Puis départ le dimanche, dès la traversée en bateau on retrouve les raideurs et la famille RIF, bénévoles et média, qui nous avait bien manqué ! On arrive donc particulièrement excités et motivés en Corse… Pendant qu’à la maison, c’est tout aussi dense pour comprendre toutes les subtilités des plannings de ministres des filles… merci et bravo à nos familles qui ont pris le relais !!

Les gones avant le départ

Lundi matin, direction Corte pour le village du départ, les vérifications matériel sont efficaces, ça roule. On peut même profiter de la piscine et du terrain de pétanque de notre camping, à quelques kilomètres de la ville et du village départ de l’orga, ainsi que d’une petite balade touristique dans Corte ! L’arrivée étant à l’Ile Rousse, comme on a du temps, on en profite pour organiser une 1ère navette véhicules le mardi avec les gones. On vide la voiture, on ne laisse que le porte-vélo dedans et Fabien part du camping. 30s plus tard… on entend un craquement énorme puis un bruit lourd… Maëlle : Je me dis tout de suite que ce n’est pas normal et que c’est Fabien. Je sprinte dans le camping, j’arrive sur la route, tourne la tête et 50 m plus loin je vois la voiture à l’arrêt. Je crie pour appeler Etienne et cours vers la voiture. Fabien est au téléphone avec les pompiers et les gendarmes arrivent très vite, c’est le soulagement. Fabien explique qu’il a eu en face de lui une voiture qui roulait très vite et a fait un écart, il a voulu l’éviter et a pris le muret sur le bas-côté de la route. Il va bien, légèrement blessé à la main, les pompiers l’amènent à l’hôpital pour contrôler que tout est Ok pour le raid. Pendant ce temps, la dépanneuse arrive et le responsable nous informe que la voiture est épave et qu’il la conduit à la casse… Grosse frayeur mais Fabien nous rappelle rapidement pour nous dire que les voyants sont au vert, on part le chercher grâce à la voiture des Muc et Jean-Phi et Momo nous prêtent leur voiture pour gérer la fin de l’avant course et on lance les démarches auprès de l’assurance pour voir comment faire pour rentrer chez nous, après la course, avec tout notre bazar… Mais chaque chose en son temps !

On tente de se concentrer de nouveau sur la course. Défilé dans Corte, cérémonie d’ouverture dans laquelle l’enchaînement des sections nous est enfin dévoilé…

Mercredi matin, c’est enfin parti pour le prologue ! Fidèle à la tradition et aux valeurs du RIF, le prologue amène une ouverture sur la culture locale et un partage avec les jeunes générations. Moment très sympathique, nous avons deux jeunes, Jules et Matéo qui intègrent l’équipe. Le prologue est en contre la montre. Après une petite session de grimpée sur cordes, nous enchaînons en course d’orientation urbaine avec des défis sur l’histoire, l’art, la botanique de la Corse. Très ludique et nos deux jeunes se sont pris au jeu, car leurs copains passés plus tôt leur avaient dit qu’ils avaient le meilleur temps, il n’en fallait pas plus pour les motiver à passer devant… Malgré une petite erreur d’orientation, on termine le prologue avec le meilleur temps lors de notre passage (67e équipe à passer sur les 98 inscrites) et au final 5e du prologue !

Pas d’enjeu spécifique pour la course mais quand même plus confortable de partir premier, ça évite d’être dans la cohue, les bouchons et le stress du départ dans la foule…

Temps moyen orga : 22 min / Temps BBT : ?

C’est parti pour une toute mini section à pied pour rejoindre nos vélos que nous avions déposés la veille tout près. On s’est dit que pour gagner un peu de temps et de poids dans les sacs on partait en chaussures de vélo… c’était oublier qu’au RIF aucune section n’est simple et toutes sont dans l’esprit “back to nature, donc Pascal n’allait certainement pas nous faire rejoindre nos vélos par les trottoirs. On aurait d’ailleurs pu le deviner en analysant les temps de parcours… Nous voici donc très rapidement les pieds dans le lit de la rivière. Objectif, ne pas se faire une cheville au bout de 10 min de course donc on assure.

On arrive rapidement aux vélos, récupération des cartes, Etienne trace et c’est parti…

Corte – Santa Lucia di Mercurio – Rives du Tavignano

Temps moyen orga : 4h40 / Temps BBT : 4h25

On monte sur nos vélos et 50 m plus loin, double couche si on n’avait pas compris du 1er trek, qu’on est bien au RIF et nulle part ailleurs, donc on est déjà en train de porter nos vélos. Mais pour le coup ce n’est pas long et s’en suit une belle section VTT, très bonne surprise. Premières rencontres avec les nombreux cochons locaux, trop chouchou ! Un peu de poussage histoire de se rappeler qu’on est au RIF, mais aussi un superbe balcon technique, on se régale et ça déroule. Je m’emballe un peu sur un passage technique et termine les 4 fers en l’air amortie par les ronces ! Rien de grave, juste une manette du dérailleur un peu tordue mais ça tiendra pour la course… On croise Krystel et Stef qui tiennent le 1er checkpoint ça fait trop plaisir de les voir !  Dans cette section, première occasion de tester nos nouveautés culinaires 2026, et notamment des sandwichs crêpes/ emmental/ grison, qui seront une bonne source de lipides et de protéines tout au long du raid ! Des équipes nous ont doublé pendant la montée poussage mais on recolle tout le monde sur les parties techniques et en descente et on arrive à la section suivante dans le wagon de tête, on voit Joseph qui part en Packraft, on se dit qu’il ne faudra peut-être pas s’emballer et gérer le rythme, notre stratégie étant de démarrer tranquillement pour préserver les estomacs et globalement tout le corps pour le reste de la course…

BENOIT DIACRE

Tavignano jusque Cateraggio

Temps moyen orga : 8h45 / Temps BBT : Transition 30 min + 7h45

Gros manque d’eau sur les rivières cette année, donc la section est bien plus difficile que prévue, car cela ne passe pas dans les rapides, il faut débarquer, porter, rembarquer. Mais on le savait d’avance et la rivière est superbe donc on en prend plein les yeux. Certaines équipes marchent avant d’embarquer et gagnent pas mal de temps, de notre côté on ne joue pas à la loterie et on vise la rivière direct ! On avance petit à petit, on mène une analyse poussée de la façon la plus efficace de sauter dans le bateau Au bout de quelques heures, nous sommes devenus experts internationaux en embarquement/ débarquement : une jambe, deux jambes, les fesses en premier, en dernier, plongeon contrôlé, entrée latérale… Rapide calcul : 30 km à débarquer en moyenne tous les 100 m pour porter environ 50 m ça doit faire environ 200 rotations d’entrée sortie du bateau. On garde les sacs à dos sur le gilets de sauvetage pour être plus rapides dans les manipulations et le bateau n’est porté que par une personne quand c’est technique, on arrivera à porter à 2 sur la fin de la section, mais chapeau à Damien qui aura beaucoup porté seul le bateau ! On se fait doubler par pas mal d’équipes mais notre objectif est de ne pas s’épuiser sur cette longue section, d’autant qu’il fait très chaud. Au milieu de la section, les Gontard-LSN que l’on croisait régulièrement choisissent de prendre une option route à pied, donc dégonflent les bateaux. On analyse également cette option mais pour nous la route est interdite, on n’a pas le temps de leur dire qu’ils sont déjà partis… heureusement on les voit revenir 1/2h plus tard à pied dans le lit de la rivière, s’en étant aperçus. Ils continuent à pied, en nageant parfois, nous en bateau et au final on arrive ensemble sur la fin de section. Ils nous auront bien fait marrer sur ce passage, à les voir s’enfoncer jusqu’au cou dans la rivière..

Cateraggio – Solenzara

Temps moyen orga : 7h15 / Temps BBT : Transition 30 min + 6h45

Deuxième vraie transition du raid, il faut surtout dégonfler les packraft, prendre le temps de manger un peu (on n’a pas pu beaucoup manger sur la section d’avant avec les nombreux chargements / déchargements), et faire le plein d’eau avant de retrouver cette longue section en kayak de mer.

On commence par quelques kilomètres de rivière jusqu’à la fin de l’estuaire d’Aleria, puis la nuit tombe en arrivant au niveau de la mer. Quelques vagues pour embarquer, on change de dimension ! Mais c’est bon, tout le monde reste sur le bateau ! Allez, aucune difficulté de navigation à venir sur cette section (seul un CP placé à mi-parcours sur une plage), il s’agit surtout de rester groupés, de ne pas s’endormir sur cette portion monotone, et de pagayer dans cette nuit noire, sans trop savoir où sera le point d’arrivée (mais quoiqu’il en soit, loin !).

On chante un peu, on essaie de se raconter quelques histoires, afin de lutter contre la somnolence qui pointe le bout de son nez. Maëlle surveille aussi l’estomac d’Etienne car on est sur le qui-vive à l’approche du premier soir de course.

Mi-parcours, on arrive sur la plage du CP, où les bénévoles ont allumé un feu réconfortant. Mais bon, il ne faut pas non plus s’endormir non plus, il reste encore 3 bonnes heures pour arriver à la fin de section ! Coup de pagaie après coup de pagaie, l’équipe reste soudée pour atteindre Solenzara. L’AT n’est pas immédiatement en bord de mer, il faut remonter la rivière sur environ 1 km puis un petit chemin sur 20 m de D+ pour atteindre enfin l’AT. Objectif dodo maintenant !

Solenzara Zicavo par Bavella

Temps moyen orga : 32h30 / Temps BBT : Dodo 2h + transition 1h20 + 32h dont 2h dodo

Transition pas évidente : il est tard, on est fatigués et frigorifiés après ces longues heures de navigation. Il s’agit dans un premier temps de se sécher, se mettre en tenue de Trek, puis sortir le nécessaire pour manger, dormir et faire le plein d’eau pour le trek. Difficulté supplémentaire, le point d’eau de cet AT se situe à 100m des caisses de ravitaillement, et dans un endroit miteux avec du sable et des épines. Bref, on trouve quand même une dalle de béton pour allonger les bivy bag et tenter de dormir, mais ce n’est pas facile avec l’agitation des autres équipes autour de nous qui arrivent ou repartent. Moi je me suis posée dans la terre un poil plus loin, c’était top confort !

On programme le réveil 1h30 plus tard… réveil dans le froid, mais c’est parti ! Malheureusement, Etienne ne se sent pas au top, et vomit un coup. La médecin présente sur place lui donne un anti-vomitif et de précieux conseils pour se refaire la cerise petit à petit.

La section commence par une longue montée sur piste sur laquelle on avance tout doux suivant la recommandation médicale. Damien porte le sac d’Etienne pour le soulager un peu, puis au tour de Fabien. Le jour se lève peu à peu, et Etienne semble reprendre quelques couleurs.. allez courage, on serre les dents !

On arrive sur le premier passage difficile de ce trek, une redescente droit dans le Maquis ! L’équipe juste devant nous, les Raidaventure.fr sont en train de tourner pour chercher le meilleur moyen de pénétrer cette végétation dense et piquante. Nous voyons quasi instantanément un cairn sur la gauche qui semble indiquer une sente, c’est gagné pour cette fois ! Enfin, la sente qui descend ce maquis n’est pas de la première fraîcheur et bousculée par les troncs des arbres qui ont souffert des incendies. On commence alors notre gymnastique…au dessus, en-dessous, en équilibre sur les troncs, ou encore en  esquivant sur le côté. Nous ne le saurons que plus tard, mais ce passage n’est qu’un simple prémisse de ce qui nous attend plus tard !

2 autres coupes plus tard dans un Maquis ultra dense et en forte pente (“Mais est-ce qu’on va arriver à sortir ??”), nous retrouvons une piste qui nous amène à un petit sentier au bord d’un ruisseau puis à l’entrée du Canyon de Fiumicelli.

Pour ce canyon sans équipement particulier autre que le casque de montagne, 2 stratégies se distinguent dans l’équipe : la première (Dam’s et Maëlle) consiste à protèger toutes leurs affaires à l’intérieur de leur sac à dos dans des sacs étanches. La seconde (Etienne et Fabien) consiste, elle, à protéger leur sac à dos en entier avec un sac étanche. Bon ce qui n’était pas prévu dans cette stratégie, c’était que le sac étanche de Fabien n’était pas du tout étanche…

On avance vite dans ce canyon, et on double pas mal d’équipes. Il faut trouver les bons passages sur les cailloux pour descendre le plus vite possible, soit au sec, soit les pieds dans l’eau. Mais à un moment donné, l’eau est trop profonde et nous voilà obligés de nager… ce qui n’est pas désagréable avec cette belle journée et ces gorges du Fiumicelli incroyablement magnifiques !

Allez, la fin du canyon approche, ça nous a remis l’estomac d’Etienne d’aplomb ! On se sèche les pieds, on remet un peu de NOK et c’est parti vers la balise suivante, la K4 ! L’un des gros chantiers du raid… D’abord sur un sentier marqué de point bleus, puis le long d’une sente réouverte par les traceurs (marques de sécateur, petites rubalises), nous suivons les équipes Vidaraid (Espagne #9) et Subaru (Canada #5). Ces derniers perdent la trace et s’enfoncent un peu plus tôt que prévu hors sentier. On prend donc un peu d’avance mais rapidement la progression se corse. Maëlle passe devant pour nous dégoter de petites sentes de sangliers, elle met la tête où n’importe quel humain normalement constitué ne mettrait même pas les mains, qui nous amènent lentement, parfois à quatre pattes, parfois en rampant, lentement donc, mais sûrement un peu plus loin. On rattrape ainsi plusieurs équipes, dont les japonais #22, suivis par leur caméraman, et l’équipe de Camille #70. Enfin, l’arrivée à un col nous permet de prendre un peu de hauteur et d’observer le terrain… nous ne sommes que là ! La fameuse balise K4 se situe encore bien plus haut, au bout de ce vallon à la végétation inextricable et sans aucun chemin. Plusieurs options s’offrent à nous : petit détour par les crêtes, ou rejoindre le rentrant pour le remonter jusqu’à la balise. Je ne sais plus pourquoi on décide de prendre la 2ème option. Finalement la progression vers le rentrant est très lente, le sécateur est utile dans une végétation très très dense et parfois impénétrable, jungle de ronces. A l’intérieur on perd nos repères et on se trompe de vallon. Le maquis Corse semble avoir été conçu pour capturer du raideur. Chaque branche attrape une bretelle, chaque ronce sectionne un mollet et chaque arbuste semble animé d’une volonté de nous empêcher de finir cette course. On hésite, que fait-on, demi-tour ? on contourne ? on continue ? On commence aussi à manquer d’eau… Bref, une fois recalé, on parvient tout de même à avancer, trouver quelques gouttes dans le ruisseau, remonter vers la K4, qu’on rejoint 1h30 plus tard que les équipes #70 et #22.

(trace BBT en rouge, #70 en orange)

Coup dur, mais c’est comme ça. Heureusement, la suite est plus évidente, puisqu’on suit le GR20 jusqu’au col de Bavella. Magnifique coucher de soleil et sentier incroyablement splendide, mouflons qui gambadent au-dessus de nous… On en prend plein les yeux ! Comme sur tous les treks, je prends souvent le temps de me retourner, de regarder autour de moi pour tenter de graver ces images magiques… Et de nuit, on profite d’un ciel d’un noir profond parsemé de toutes ces étoiles… quelle chance ! Petit ravitaillement au refuge d’i Paliri, trop tard pour les commerces du col, mais au moins on y arrive au sec après les fortes pluies qui auront arrosé les premiers. Nous sommes alors autour de la 20ème place. On décide de prendre 2h de repos (il est 22h30), couchés sur le sol détrempé par l’orage, avant d’attaquer en pleine nuit la montée vers les aiguilles de Bavella.

Etienne n’est pas encore au top avec cette nouvelle tombée de nuit, et poursuit le protocole de se réalimenter par micro prises de glucides et eau (une mini bouchée de pailles d’or qui font sous la langue, une mini gorgée d’eau, une mini bouchée de compote, etc.). Autant dire que notre progression n’est pas rapide ! Mais l’orientation est très fluide. Ce qui nous permet de nous faire doubler plusieurs fois… par les mêmes équipes ! Qui finissent sagement par se ranger derrière l’orientation propre d’Etienne… En pleine montée en pleine nuit, l’ambiance est belle dans ces aiguilles dont on ne perçoit que l’ombre au-dessus de nous. Damien, notre oeil de lynx, est à l’affût pour repérer les marques de PR ou les cairns, et ce sera ça tout le long du raid, un atout maître !

On rejoint le GR 20 un peu plus bas, direction le refuge d’Asinau puis le Monte Incudine. Au refuge, les gardiens qui n’ont été prévenus que la veille, et qui ferment demain, se démènent pour nous offrir leurs dernières réserves. Etienne en profite pour commander un thé et un bout de pain. Le début du renouveau ? La montée au lever du jour puis la traversée sur une superbe crête  vers la K10 et longue, mais on croise de temps en temps l’équipe Raidsaventure.fr #86 et c’est bien sympa de pouvoir discuter avec Gaët des options qui s’offrent à nous ensuite. La sortie de la K10 est une grande coupe, qui de jour ne pose pas trop de souci même s’il faut naviguer entre les falaises et la végétation touffue, mais basse, puis une longue longue descente vers la transition à Zicavo. Nous restons sur un rythme prudent, nous faisant à plusieurs reprises doubler par les mêmes équipes qui vont plus vite mais se trompent à chaque changement de direction…

Coupe en sortie de K10, selon si on est la nuit (équipes de tête) ou de jour (nous)

Zicavo – Col d’Arusula – Tolla – Cannelle – San d’Orcino – Casaglione – Mercolaccia – Cargèse

Temps moyen orga : 20h / Temps BBT : Transition 1h30+ ? + 23h dont 2h dodo

La transition n’est pas hyper efficace encore une fois, mais ça prend du temps de s’alimenter, monter les vélos, et surtout tracer 123 km de cartes !

Le départ est un peu chaotique, avec les équipes espagnoles autour de nous, on se précipite tous sur les mauvaises pistes pleines de ronces. Un peu de temps de perdu, mais heureusement, pas de crevaison. Puis rebelotte juste derrière, avec une sortie de Vergaju un peu compliquée : alors qu’on est sur le bon chemin, mais au pas car encombré de ronces, on voit les autres équipes débouler et nous doubler par le champ à côté. On se précipite alors pour les rejoindre, sauf que si ça roule, ça ne mène pas au bon endroit ! Bon, on se recale et on se calme gentiment, trouvant la piste qui devait être un méchant poussage et finalement passe quasi tout du long. On double les jeunes de Courchevel #98 qui viennent de casser un dérailleur… Au tout début de cette longue section, ça va être long pour eux !  Par suite, superbe balcon qui nous mène au col d’Arusula. On est étonné de voir débouler un gars de l’équipe #10 (Canada), qui fuse devant, se faisant plaisir sur ce beau single visiblement… mais sans se soucier de ses équipiers qui doivent subir à l’arrière. La BimBimTeam reste groupée, Fabien sert les fesses sur ces chemins techniques mais s’accroche. En plus faut dire qu’avec son sac à dos plein et tout de traviole, ça n’aide pas… Ca roule fort ensuite sur la piste descendante, jusqu’à qu’on tombe sur 3 équipes : les brésiliens #3, les canadiens #5 et Expenature.fr #63. Pour une fois, ce regroupement se passe bien pour nous, et on évite les erreurs d’itinéraire dans cette zone trompeuse de route interdite. Pause à Tolla pour dévaliser l’épicerie juste avant sa fermeture : taboulé, salade de fruits, chips… les plaisirs sont simples 😉 Montée piste, puis trouver l’entrée du single de descente n’est pas évident de nuit. On hésite, on fait demi-tour, puis on trouve, dans la roue de l’équipe #63. La descente est belle (Fabien n’est sans doute pas de cet avis) mais bien technique. Une autre option était possible par le sud, prise par Absolu Cap Ganguise #20 au préalable, ou #10 et XTTR63 #32 juste derrière nous. Sans doute plus roulante, car quasiment aussi longue en temps. La suite est plus roulante et se passe plutôt bien. De mon côté ces portions roulantes sont très soporifiques, heureusement Damien essaie de me tenir éveillée en me posant des questions auxquelles j’ai bien du mal à répondre… Mes groupes préférés, livres, films… On visite des raidards en bitume sur des pentes dans lesquelles on se demande comment ils ont réussi ne serait-ce qu’à les construire ! Tout déroule à peu près correctement jusqu’à la K13. On roule alors avec l’équipe de Romu #63. Sympa, mais pas très coopératif sur l’orientation. Tant pis, on alterne les bonnes et mauvaises pistes, mais finissons par trouver après un peu de portage à dré dans la forêt, en pleine nuit, la balise sur un chemin qui se perdait dans les terrasses de châtaigniers. 4h du mat’, la lutte contre le sommeil est dure même dans cette descente qui sur le papier ne devrait pas poser de difficulté. Une absence d’Etienne nous fait faire un petit aller-retour bonus avant de rejoindre le CP7, mais on y arrive finalement après une nouvelle traversée de rivière (faudrait quand même pas garder les pieds secs trop longtemps), en 9ème position. C’est la premiere fois du raid où on a vraiment une idée de notre classement, en regardant sur la feuille de l’AT. On mérite bien 2h de pause dodo avant la montée, et le lever du jour qui ne tardera pas. Joseph et son équipe sont passés il y a plus de 7h, avec une bonne avance sur leurs poursuivants : on est trop heureux pour eux, et croisons les doigts pour qu’ils tiennent le rythme.

C’est reparti pour une longue montée poussage. Ça en met plein les pieds avec nos chaussures trop rigides. Et il faut gérer l’eau, car nous croisons très peu de ruisseaux et encore moins de fontaines. Heureusement la suite est plus roulante, bien que la montée sur route en plein cagnard sera difficile moralement pour la troupe surtout pour moi car on avait commencé à rationner l’eau, donc la nourriture (car sans eau difficile de digérer) et en hypo les montées routes c’est encore moins fun, c’est dire ! . Début de descente caillouteuse sur Cargèse, suivis par un photographe. Et là bing ! un beau caillou vient défoncer le dérailleur de Dams : il poursuivra chainless jusqu’à l’AT. Pas trop de souci pour la descente, ni pour la pause glace à Cargèse, et heureusement l’AT n’est pas si loin, et on sait qu’on a un dérailleur en rab dans la caisse vélo. On termine d’ailleurs cette section avec FMR.

Plage de Chiuni – Marine de Porto par Capu Rossu

Temps moyen orga : 6h45 / Temps BBT : Transition 1h30 + 7h

Transition pas très efficace encore, avec des aller-retours entre nos caisses et le point d’eau à 200m de là. Les zones de transition sur ce raid ne sont pas du tout pensées de manière pratiques, avec de la poussière, des points d’eau loin des caisses. Dam’s répare son dérailleur pendant qu’Etienne va chercher quelques frites. L’appétit est revenu 😉 Et démarrer un kayak avec une barquette de frites fait aussi partie de nos traditions, et des meilleurs moments de vie de raid !

Le kayak jusqu’à Porto est splendide. Vent de face au début, puis plutôt de dos après le Capu Rossu. L’équipage Fabien et Dams se charge d’aller pointer les balises sur les plages des calanques, se faisant secouer par les vagues. On discute avec les FMR pour éviter de s’endormir (d’ailleurs c’est quoi la réponse à l’énigme, Gautier ??). La mer est belle, agitée mais pas trop, quelques minis départs en surf, et on en prend plein les yeux avec les tafonis des falaises du rivage (on y voit plein d’animaux scupltés… réalité ou hallu ?!?).

Arrivée au coucher du soleil à Porto, pile poil pour éviter d’allumer les Strobes et Cyalumes à 19h. On s’apprête alors à partir sur le 2ème monstre trek. Autant dire que la transition n’est pas rapide. On en profite même pour se doucher, ce qui nous sauve des irritations de l’eau salée… Et un panini de toute beauté nous remet de la mine dans le crayon avec les encouragements de Krystel et Stef qui tiennent le CP en tant que bénévoles. Alors feu ! Direction Monte Cinto ! La nuit tombe…

Porto – Bocca di Felce – Col de Vergio – Refuges Ciuttulu, Tighiettu, Monte Cinto – Corscia – Castirla

Temps moyen orga : 36h / Temps BBT : Transition 1h30 + xx

Quoi de plus naturel au RIF, que de commencer une section, avec des chaussettes propres et sèches… par… une remontée de rivière ! La progression est lente dans ce lit de galets, une rive, on traverse la rivière, autre rive, on retraverse…. Dommage qu’on y soit de nuit car les couleurs des galets semblent incroyables, multicolors turquoise, rose, orange, blanc… Au bout de 3h, on sort de la rivière pour rejoindre le village d’Ota, sans arriver à trouver le bon chemin. On croise alors FMR qui partent sur l’option “nord” tandis que nous préférons l’option “sud”, un peu plus directe sur le papier. ça monte raide, on rattrape les espagnols #4, avec les canadiens #10 en embuscade. Lorsque ça devient moins raide, la sente se perd et devient difficile à suivre. On se pose alors sans doute trop de questions et préférons faire une pause dodo de 2h au sommet du Capu di e Querce. C’était beau là haut, mais qu’est-ce qu’on a eu froid en se réveillant ! L’occasion de repartir au lever du soleil sur cette superbe crête jusqu’à la K20 qu’on attrape, sans le savoir, juste avant FMR. C’est ensuite que se présente LE choix du raid. Option “montagne” par l’ouest, ou option “GR” par l’est et le col de Verghio pour rejoindre le refuge de Ciuttulu di i Mori. Cette dernière est plus longue, mais sans doute avec moins de dénivelé et de meilleurs chemins. Vu notre fatigue, le choix est évident pour nous. Il s’avère être payant car l’équipe #4 se perd en route sur l’option ouest, et on rattrape quasiment la #3 au niveau du refuge. On a même droit à un ravitaillement improvisé au col de Verghio par un chauffeur de bus qui vendait des bouteilles d’eau gazeuse. De plus, un caméraman nous suivra toute la montée et nous offrira de magnifiques photos !

Le choix entre K20 et CP8. Notre trace en rouge, celle de Joseph #14 en bleu

Le temps est couvert, et devient pluvieux dans ce vallon qui reste splendide malgré la météo. En arrivant au refuge, on apprend que la section corde est annulée. Dommage. L’équipe Absolu Cap Ganguise #20 nous rejoint au refuge après avoir fait demi-tour. Ils bénéficieront d’un bonus de temps de 2h20, tandis que les 5 équipes qui auront pu faire les cordes (#14, #01, #02, #62 et #08) auront 2h45 de bonus temps. Pour l’instant on n’en sait rien, et toutes les hypothèses sont évoquées entre nous, dont la plus probable alors : le top 5 est joué, les autres équipes se battront pour la 6ème place. Le refuge étant censé être fermé, le gardien parvient quand même à nous proposer de magnifique sandwich pain-coppa qu’Etienne agrémente de quelques cornichons sortis du sac ! le secret du chef 😉 Direction le refuge de Tighiettu (superbe accueil des bénévoles!), qui rappelle quelques souvenirs de jeunesse à Fabien et Etienne sur le GR20, longue descente sur les rochers glissants, traversée au pas de course – je râle pour savoir pourquoi on cherche à se mettre dans le rouge pour gagner 5 minutes en courant alors qu’on met 1h30 en transition – pour ensuite monter raide vers le mont Cinto. On retrouve et cette fois-ci de jour les couleurs multicolores des rochers, incroyable. Il faut absolument que l’on montre ça à Zélie et Charlotte ! Il ne pleut plus, mais le temps reste couvert et venté. On insiste pour que Fabien mette sa veste, mais rien à faire, monsieur restera en Tshirt! La traversée vers le sommet est interminable, dans une ambiance brouillard et tombée de la nuit qui rajoute un peu de difficulté. Maëlle angoisse pour sa sœur et toutes les autres équipes qui pourraient arriver sur ce passage fatiguées, de nuit, alors que la marche est hyper exigeante voire engagée. Mais ça y’est, enfin la croix ! puis la descente avec les Estoniens #8 qui nous ont rattrapés après avoir pu faire les cordes. On avance un maximum avant la tombée de la nuit car l’itinéraire n’est pas évident, puis on impose un bon rythme dans les parties un peu plus roulantes histoire que ça passe plus vite… On double les Estoniens en toute fin de descente car ils ralentissent pour préserver leurs pieds… Pause eau et repas au refuge de l’Erco, d’où on repart groupé avec Absolu #20 pour tâcher de trouver la balise K25 ensemble. La collaboration est bien agréable, et ça permet de se tenir éveillé. On les laisse ensuite sur la grande piste, supposant un arrêt “pied” pour eux, et on reste attentif aux salamandres qui sont de la partie en cette météo humide. L’occasion de croiser les Estoniens lors d’un aller-retour à la K26, et d’arriver au CP10 où plusieurs équipes sont en train de ronfler. A nous de faire pareil !

3h30, on repart à la suite de LSN #62 pour le canyon, équipés de nos combi néo 1 mm. Le canyon est froid, l’épaisseur de nos combi insuffisante pour nous aider à lutter contre le froid et la fatigue. J’avoue que même en étant peu frileux, le premier saut dans la vasque avec la fumée qui sort de l’eau… ça pique un peu! Mis à part un guide au CP11 à l’entrée du canyon, nous sommes seuls, autonomes. Le canyon enchaîne les rappels, les marches aquatiques, les nages et quelques descentes scabreuses de blocs rocheux glissants. Damien manque de se casser le genou lors d’une glissade puis tape une côte (sans se plaindre, sacré Dams) pendant un rappel le long d’une paroie. La plupart des cordes sont déjà toutes abîmées de frotter contre le granit, et nous ne sommes que la 7ème équipe à passer ! Les prises de rappels ne sont pas évidentes, souvent excentrées. Pas facile de surveiller ses propres manip et celles de l’équipe pour éviter l’accident. Au bout de nos frontales, à la vue de chaque bout de corde orange vif, c’est le signal d’un nouveau rappel à franchir et donc de la nage à son pied, l’angoisse… Clairement le moment le moins agréable du raid pour moi… On arrive enfin à la sortie, frigorifiés et libérés de cette section franchement engagée. Une brève liaison au lever du jour sur une voie romaine “voie de la transhumance” où on se dort dessus nous ramène dans le lit de rivière. Les Estoniens en profitent pour nous doubler. La progression dans le lit de la rivière est magnifique, mais éprouvante et interminable ! xx km à traverser et retraverser la rivière, un dernier petit bout de natation et enfin ! l’AT8, mettant fin à ce trail de 40h pour nous (sans avoir fait les cordes !).

Ponte Castirla – Ponte Novu

Temps moyen orga : 5h45 / Temps BBT : xx

2.5 m3/s de lâcher d’eau par EDF devraient nous permettre de naviguer un peu mieux sur cette section que sur la précédente, même si les vitesses moyennes annoncées nous laissent supposer un piège sur cette section…. Le fameux Golo nous attend, avec ses beaux rapides. L’organisation nous conseille de partir en Tshirt, car il fait beau et chaud à 14h, et cela devrait nous permettre d’arriver avant la nuit. Erreur ! Enchainer les rapides de classe 3 à “poil” n’est pas une bonne idée. D’autant plus que chacun de nous passera à la baille… On s’habillera en cours de route, mais les combinaisons sont trop light pour se faire autant arroser, on préfère débarquer pour la plupart des rapides bouées jaunes (autorisés de jour mais pas de nuit). Tant pis, on reviendra pour le refaire en mode fun, mieux habillé. Dans l’aventure, on perd une pompe manuelle et nos deux pompes électriques prennent l’eau…

Malgré tout, on se régale sur cette section, en essayant de préserver nos forces car la navigation est exigeante : très manoeuvrière avec un risque permanent de s’échouer sur les rochers affleurants, et avec de magnifiques rapides dont certains avec beaucoup de volume ! Dès que le bateau s’échoue, on saute du bateau dans le rapide, on le tire, on essaie de sauter dedans avant qu’il s’en aille, puis on tente parfois des positions allongées non conventionnelles pour alléger le bateau au maximum.. bref, on rigole bien! C’est un peu plus éprouvant pour Damien, moins à l’aise avec la pagaie. On croisera plusieurs fois les Estoniens #8 le long de cette section, qui se termine à Ponte Novu à la tombée de la nuit.

Ponte Novu – Pieve – St Florent

Temps moyen orga : 6h30 / Temps BBT : xx

Transition dense, avec le repli des packrafts, le repas, la préparation des vélos et le traçage des cartes. On pose 1h de sommeil sur les 2 qu’il nous reste à prendre.

La section démarre par une longue montée route, sur laquelle on rattrape les Estoniens #08 partis quelques minutes avant nous. C’est chouette ! on a la forme, même si Maëlle se dort un peu dessus. J’avoue n’avoir que très peu de souvenirs de la portion route (quelle idée aussi de faire de la route…) du début de la section… Heureusement que les garçons m’aident ! La piste, plus exigeante, me permet enfin de me réveiller…Pour aller chercher la K29, un gros poussage redonne l’avantage aux Estoniens, qui nous lâchent et malheureusement pour nous s’envolent alors qu’on ne trouve pas l’entrée du chemin entre la Cima di Curnatoghiu et la K29. Dur dur. On cherche partout, mais tout se ressemble ici, encore plus de nuit, à tel point qu’on a même du mal à savoir d’où l’on vient ! Absolu nous rattrapent et on se met mutuellement sur la bonne trace. 2h de perdu tout de même (une balise “random” de nuit, sur laquelle les brésiliens perdront plus de 6h!). Absolu part devant dans la recherche de la K29. On les doublera sans le savoir grâce à une option plus directe – que bellissima cette descente ! – pour descendre à Piéve (plus dur pour Fabien, moins à l’aise, mais gagnante en temps). Encore une petite hésitation après la K31 dans une zone agricole puis forestière, et c’est avec un rythme “zombie” – sur la fin, moins technique, le sommeil revient et je me réveille appuyée sur un buisson… qu’on arrive à l’AT 3h après les Estoniens #8. Fin de section vraiment très difficile niveau sommeil. Je m’endors sur le vélo, en me réveillant parfois quelques secondes avant de finir dans le fossé.

23h30 à gauche / 1h30 à droite

St Florent – Plage de l’Ostriconi

Temps moyen orga : 12h / Temps BBT : 24h

Après 1h de repos allongés sur le parking c’est reparti au lever du jour pour ce dernier trek. 10 à 12h, “le trek où tout peut se jouer” d’après Pascal.

Le début déroule sur la plage et le sentier littoral. La visite est presque bucolique le long de cette côte sublime.

ça se corse en arrivant à la K36 où il faut s’enfoncer dans un chemin de vache (ça ne passe pas debout). On poursuit sur ce même “sentier” pour trouver la K37. Sauf que la progression est de pire en pire. Il faut lutter contre la végétation, et tâcher de ne pas perdre la trace. Faut-il faire demi-tour ? l’alerte est proposée plusieurs fois, mais on continue de s’enfoncer inexorablement dans le maquis. La trace se perd. Difficile de savoir où nous sommes, malgré le jour, dans ce paysage aux mornes reliefs dont la carte aux lignes de niveaux tous les 40 m seulement lisse tout. De plus, les altimètres ne sont pas d’accord et parfois incohérents…

On décide alors de quitter la trajectoire (car on ne peut pas vraiment parler de trace) et de monter sur un sommet environnement pour se repérer. En calculant avec l’altitude et l’orientation, on en déduit à peu près où est la balise. Y’a plus qu’à traverser quelques kilomètres de maquis. Facile ! De fil en aiguille, de trace de sanglier en mini bergeries, on trace notre chemin et on finit par trouver LA bergerie, improbable bergerie cachée dans ce maquis, la bergerie de la balise… quel soulagement ! Enfin trouver la balise n’est pas du tout – comme nous n’avons pas fini de le vivre – la fin de la partie, car maintenant il faut sortir et il n’y a pas plus de chemin qu’à l’aller. Nous poursuivons donc vaille que vaille notre progression vers la balise suivante. Si on se débrouille bien, on l’aura et celle d’après de jour ! Mais c’est sans compter sur la météo qui se dégrade à vive allure. Premières gouttes, grosses gouttes, coup de tonnerre… On est alors dans le lit à sec d’un petit ruisseau que l’on cherche à suivre mais qui est complètement bloqué par les ronces. On s’abrite quelques minutes sous les ronces, mais la protection est maigre… Mouillé pour mouillé, on repart. N’arrivant pas en trajectoire directe à traverser la végétation, on hésite à revenir sur nos pas puis finalement on choisit de remonter sur l’autre versant, pour essayer de trouver une piste et contourner. L’orage est là, puissant… N’étant pas sur des crêtes nous ne sommes pas très inquiets mais la route est longue et nous sommes trempés, sans abri de survie car il n’était pas obligatoire et nous n’avions pas l’info météo, mais nous avons tous dans nos sacs le sac de survie (bivybag) et des habits secs. Un joker donc. Encore un peu d’eau, encore un peu de nourriture donc rien d’alarmant pour le moment mais la civilisation est loin, bien plus loin que les 12h prévues initialement sur cette section puisque nous en sommes déjà à 12h sur la section… et la nuit ne va pas tarder à tomber tout comme la pluie qui ne s’arrête pas… Nous oublions donc la course pour un temps, priorité au mode survie : Rejoindre la plage, vers laquelle nous trouverons peut-être un abri.

Différentes approches pour la K37

En aller-retour, pour le beau jeu, nous allons chercher la balise K38 au milieu de la plage – couleurs d’orage sur la mer, superbe…, tout en nous demandant si c’est bien raisonnable compte-tenu de la météo et des incertitudes sur la suite. Mais nous avions repéré des cabanes juste au-dessus donc sommes optimistes… Et effectivement, on s’y rend et on en trouve rapidement une ouverte… chaude ! et pleine d’affaires posées récemment. Il y a de la vie ici, de la vie humaine ! ce que nous n’avions pas vu depuis le début de la section… Tout contents on ferme la porte pour se réchauffer, sauf que celle-ci s’ouvre tout de suite et débarque un homme qui nous parle en anglais. On indique qu’on cherche juste à se réchauffer quelques instants et celui-ci nous dit de venir visiter les autres cabanes et de choisir celle qui nous convient ! Bon dehors il pleut toujours à verse, Etienne y va et ils nous conduisent rapidement vers une cabane vide, 4 lits en pierre, à l’abri de la pluie et du vent, le bonheur… Notre hôte nous amène ensuite 3 bouteilles d’eau, une conserve de pois chiche et arrive avec une autre personne fumant sa pipe, qui parle italien et s’en suit un très chouette moment dans lequel nous tentons d’expliquer ce que nous sommes en train de vivre. Ici aussi il faudra vraiment qu’on revienne ! On décide donc de prévenir Pascal que tout va bien pour nous malgré l’orage et qu’on va rester abrité le temps de sécher un peu puis on repartira dans la nuit. Pascal nous indique un risque potentiel d’orage vers 2h du matin mais rien de sûr, en tous les cas pour l’instant côté météo tout est Ok car il vient de lancer les équipes sur l’eau en packraft. Il est 20h, nous choisissons donc de nous poser jusque minuit. On pense alors aux équipes derrière nous en espérant qu’elles auront pu trouver l’une des bergeries cachées dans le maquis pour se protéger de l’orage… Etienne pense que ce choix va s’avérer désastreux d’un point de vue classement. On essaie de notre côté de se dire qu’il vaut mieux “perdre” 3h à dormir ici plutôt que d’être dehors sous le déluge. Et on pense aussi que toutes les équipes autour de nous doivent subir les intempéries !

Minuit, c’est reparti ! Les vêtements sont presque secs ce qui fait qu’on peut les remettre sans griller notre joker affaires de secours. Le ciel est clair, les étoiles nous guident… Au loin on aperçoit des frontales devant nous, une équipe ? on ne les reverra plus sur la suite de la section… La K39 s’enchaine sans difficulté, puis direction la K40, le temps est en train de tourner et l’orage annoncé par Pascal pour 2h du matin est sur nous. ça cogne, fort. Nous sommes dans une pente, sous une végétation dense, sans chemin (pour changer), et on décide alors de sortir une couverture de survie et on essaie de tenir debout (trop pentu pour être assis) tous les quatre dessous. On attend, en essayant de ne pas s’endormir et se faire dévorer par le froid… heureusement cela ne dure pas très longtemps et dès que la pluie devient moins intense, nous repartons. Etienne nous amène proprement vers la balise, puis vers la suivante, la K41, sur un sommet au bout d’une crête, heureusement que nous n’y étions pas plus tôt sous l’orage… Trop content de trouver la 41 de manière aussi fluide on décide de pousser le vice et redescendre par une autre voie. Erreur… la végétation ne passe pas, on décide de revenir sur la crête, on contourne… et on se retrouve au même point que 15 min plus tôt ! Nous avons tourné en boucle… mais comment rentrer maintenant ? est-ce qu’on remonte jusqu’au sommet pour revenir par où nous sommes montés ? décidément, la nuit tout est si difficile… Au final nous arrivons à nous frayer un chemin, Etienne a peur qu’on débarque trop décalé par rapport au chemin et qu’on reste bloqué dans la végétation au pied du massif et miracle… on tombe pile sur le chemin !! Le soulagement est énorme… la suite est normalement plus simple, le jour se lève. Oui sauf que le jour se lève, révélant à nos yeux la réalité de quelque chose que nous ressentons seulement de nuit… et change toutes nos perspectives… En même temps on décide de s’arrêter pour remettre de la crème sur nos pieds trempés qui commencent à bien souffrir… on perd alors notre notion des distances et on rate le croisement qui mène à la balise suivante qui était censée être simple. Purée mais on va en baver jusqu’au bout ! Vu où nous en sommes, nous décidons alors de faire le tour pour revenir prendre en aller-retour la balise suivante… C’est typiquement dans ce type de moment qu’on se dit que vous êtes en train de nous suivre donc qu’on ne doit rien lâcher, pour vous montrer que malgré tout on avance !! Lever du jour, la côte est toujours, encore plus belle… ça nous redonne de l’énergie et puis mine de rien, on avance petit à petit ! ce qui est surprenant c’est que malgré tout cela nous ne voyons toujours aucune équipe à nos trousses… Enfin la plage finale au sable blanc, eau turquoise, l’AT se dessine devant nous. La météo semble parfaite, on se dit qu’on va enfin pouvoir libérer nos pieds et rejoindre l’arrivée en packraft, Yihaaaa !!

Section 12 : Packraft 3 – 10 km, 0 mD+ – Paradis à l’horizon

Plage de l’Ostriconi – Ile Rousse

Temps moyen orga 3h30 / Temps BBT : xx

Sauf que voilà… Si ici tout semble parfait, mer d’huile, ciel bleu… quelques kilomètres plus loin, à l’arrivée à l’Ile Rousse, ce n’est pas la même et les cellules orageuses sont déjà en train de se former. Les bénévoles nous informent que le pakraft n’est pas possible est c’est à pied que nous devrons rejoindre l’arrivée. Béa est là pour nous écouter, c’est un peu dur car nous avons les pieds bien crevassés et surtout pas vraiment beaucoup de motivation pour repartir à pied après ce trek de non pas 12 mais 24h qui nous aura donné du fil à retordre.

On prend notre temps pour se requinquer, on se charge à fond en nourriture car on a très très faim (on avait tous vidé nos réserves sauf Damien qui a toujours de la ressource et nous dégote des kinder bueno au milieu de nulle part, le kiff !). On part – pas dans la bonne direction mais tant pis on n’est plus à ça près, en claudiquant. Petite averse. Puis grand soleil. Fabien nous indique qu’il faut marcher sans boiter et ne pas penser à la douleur. On admire la mer et l’arc en ciel le plus incroyable qu’on n’ait jamais vu, mais ça fait quand même mal. S’en suit une piste raide, raide qui monte, monte. Il fait chaud, on survit à allure escargot. Puis la descente et c’est encore pire car ça fait bien plus mal au pied. On tente un stop chrono de 10 min, couchés par terre dans les crottes de biquettes pour mettre les pieds face au soleil et tenter de combler les crevasses. Pas forcément hyper efficace mais l’expérience scientifique était intéressante… On repart et on tente chacun une technique de progression. Pour moi, c’est le trot à 2 à l’heure avec les bâtons qui fait le moins mal. Un peu ridicule mais ça fonctionne ! On se rapproche, doucement, le sommeil nous rattrape aussi. Etienne me dit qu’on va bientôt pouvoir appeler les filles. Je fonds en larmes. Cette course était tellement importante pour moi, cela fait un an qu’on s’y projette, avec nos peurs, peurs de ne pas y arriver, peur de devoir abandonner en cas de maladie, blessures, casse de quelque chose… et puis ça y est, on l’a finie enfin presque, et c’était encore plus beau, plus dur, plus technique, plus engagé, plus long, plus incroyable que ce qu’on avait imaginé… La course de notre vie…

Allé il reste encore quelques pas… On arrive à la route, sentier côtier. la sœur et le père de Swan sont là et nous encouragent, ça fait chaud au coeur…

Et enfin la plage de l’île Rousse. Quelle team les amis ! passer cette ligne d’arrivée tous les 4, après toutes ces épreuves est un tel soulagement. Les derniers km ont été chargés en émotions pour ma part, vivre cette semaine là avec mes merveilleux coéquipiers, c’était fou! Le chronomètre s’arrête. L’aventure, elle, commence doucement à devenir un souvenir. Les organisateurs Pascal et Nancy, les copains Youyou, Laly, le papa de Swan, Joseph & Floriane (qui sont arrivés 3e au sprint ! derrière les 400 team, 2e et les Estoniens qui l’ont emporté) sont là pour nous accueillir. Côté résultat, on n’a jamais pensé place pendant la course, on se disait finir déjà, ce qui n’était pas acquis loin de là, full race quand même si possible, si pas de gros problème, ce qui nous amenait en théorie dans le top 20… On termine donc 8e bien au delà de ce que nous espérions ! Mais là n’est pas l’essentiel… On termine chargé à vie de cette nouvelle et si belle expérience… On s’enfonce dans les transat, grignotons notre casse-croûte d’arrivée, laissons la place aux suivants, avant d’accueillir à notre tour l’équipe Absolu qui arrive enfin, très éprouvée par cette dernière nuit dans les Agriates. Partis un peu plus tard que nous de l’AT, ils n’ont pas pu trouver la balise K37 de jour, et manquant d’eau et de nourriture, avec une météo dégradée, tout peut très vite basculer. En raid, tout se joue parfois sur des petits riens, qui peuvent faire basculer la course dans un sens ou dans l’autre…

Un petit aller-retour pour prendre une douche au camping et c’est déjà l’heure de revenir accueillir Gillou, Titou et Swan. Eux aussi auront vécu cette aventure de fou, avec l’émotion en plus d’avoir dû laisser leur coéquipière Léa dans le canyon (évacuée pour hypothermie, avec 3 jours d’hôpital ensuite… mais qui va mieux). Que d’émotions !

Retour à la vie civilisée…

La suite de l’arrivée, c’est la transition la plus compliquée : Il faut en 24h récupérer auprès de l’organisation toutes nos affaires (les vélos, kayaks, affaires de montagnes, vêtements de rechange sales, propres, restes de nourriture éparpillés dans toutes les caisses), sachant que nous n’avons plus de voiture, il pleut, nos cerveaux fonctionnent au ralenti avec la fatigue, et nos pieds ne rentrent plus dans des chaussures. Mais entre des microsiestes, mégaravitaillements, partage de nos anecdotes de courses avec les autres équipes, on s’en sort et on parvient à limiter un peu le volume de nos bagages pour le rapatriement grâce à une super optimisation tetris dans les camions de Jean-Phi et Swan. Cérémonie de clôture rapide à l’Ile Rousse, on discute avec LSN sans comprendre, comme eux, pourquoi il n’y a pas eu de système de bonification de temps pour les équipes qui n’ont pas pu faire la dernière section en packraft du fait de la météo (ce qui leur coûte la 5e place). Puis nuit courte, réveil à 4h du matin, le taxi nous amène à Bastia prendre le bateau. En route il pile d’un coup ! On croit à un nouvel accident mais c’était “juste” un sanglier qui traversait la route… On est décidément mieux sur les chemins (ou hors des chemins !) que sur la route en Corse !

Sur le bateau, on refait la course, ressort les cartes avec tous les copains, on sait que tout cela va occuper nos rêves, nos pensées pendant des jours, des mois et même à vie… On a enfin le temps de lire vos près de 1 000 messages whatsapp du suivi live, ça fait chaud au cœur !

Alors merci à tous ! Aux 4 coéquipiers de la Bimbimteam, une équipe géniale, ultra-soudée on se sera régalé ! <3<3<3 , à nos familles qui nous ont permis de quitter notre vie normale pendant ces deux semaines, à nos filles qui nous ont laissé partir, aux collègues qui ont pris le relais au boulot, à vous supporters que l’on savait à fond derrière nous, un vrai carburant pour nous aussi, en particulier dans les moments les plus difficiles, et à toute l’organisation… On sait combien organiser une course comme cela représente un travail titanesque. On avait rêvé de ce parcours en se disant que ce serait incroyable, mais cela a dépassé tout ce que nous avions imaginé. C’était plus long, plus dur, plus engagé et technique, mais surtout encore plus magnifique que ce à quoi nous nous attendions… Alors merci !!

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