RIF 2018 – 2ème partie

« Des Hauts et des Bas »

Par la BimBimTeam, avec les commentaires de Maëlle, Rémy, Joseph, Etienne

Lien vers la 1ère partie.

SECTION C – VTT / 41km / 880 m D+ / 880 m D-

C’est parti pour explorer les cultures de canne à sucre de la Réunion ! Il est midi, aucune difficulté technique sur ce début de section, cependant l’orientation demande une grande concentration, à la fois sur le tracé initial et le choix d’itinéraire, et sur le suivi en direct… Etienne s’en sort d’une main de maître ! On dépasse les suisses de Berghaus dont les selles ont l’air moins confortables que les nôtres (^^). Le roadbook nous indique de suivre la plage sur une certaine distance donc on choisit ici de basculer en chaussures de trail pour préserver nos pieds dans les galets de la plage car il faut pousser le vélo.

 

Puis c’est reparti en selle, retour dans les champs puis on remonte les pentes. Jeu du chat et de la souris avec les russes qui nous doublent à vive allure, demandant à Maëlle de se pousser de l’autre côté de la piste pour doubler : “Leeeeft !”. OK, ok… On les doublera par suite sur leurs erreurs d’orientation. 

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Pause repas

Puis une escapade énergétique le long du parc photovoltaïque, de conduites forcées et du parc éolien qu’il faut “traverser par le haut”. [Sujet éolien qui nous aura questionnés… le roadbook indiquait “cross by the top the wind farm” = on a d’abord pensé qu’il fallait passer au dessus de la dernière éolienne…]  (volontaires pour ouvrir une DT CNR à la Réunion !!), avant de redescendre vers la côte par une pseudo piste de DH, de croiser de nombreux Réunionnais en plein barbecs – on se serait bien arrêté pour passer un peu de temps avec eux ! et rejoindre le sentier du littoral. Or qui dit sentier du littoral à vélo dit piège ! Le CP est si proche et pourtant si loin, le vieil adage du Raid In France est vérifié : “tant que t’es pas arrivé au CP, t’es pas arrivé au CP”. Notre vitesse de progression s’effondre : il faut pousser, porter, pousser, porter, se passer nos vélos pour passer des murs… Interminable… La nuit tombe…

Etienne rassemble les troupes et montre la carte : il y a une option route mais pour lui la route est interdite, et donc on doit continuer le sentier jusqu’à l’AT. Tout le monde valide, y’a une belle croix rouge sur la route. Plus tard, après avoir croisé un gars en VTT en enduro dans l’autre sens (quelle idée de faire ce sentier à vélo sans avoir de balise à pointer ?), après une réparation du dérailleur de Rémy, nous voici enfin à l’AT… les russes et les suisses sont là depuis 30min ! Ils ont pris la route interdite ? On est un peu déçu mais on se dit qu’on a joué le jeu. On apprendra plus tard que la route n’était pas interdite, mais à ce jour on n’a toujours pas compris comment ! Bref, transition un peu difficile pour nous, Joseph se fait soigner les pieds, Etienne répare le dérailleur de Rémy. Heureusement, Johnny de la petite boutique de l’AT, sur le point de fermer, nous offre 4 baguettes de pain beurrées, qu’on garnira de notre fameux boeuf séché… de quoi nous requinquer ! Promis Johnny, quand on reviendra à la Réunion, on viendra te raconter la fin de notre raid ! Johnny nous indique que pour la suite, le littoral passe. Ok, on prend !

SECTION D – Trek (+ VTT) / 27km / 330 m D+ / 210 m D-

Il est 21h, la 4ème nuit sur le RIF commence.

Nous voici donc partis sur cette nouvelle section de trek. Attention, ne pas se fier au dénivelé ou à la distance annoncés pour estimer un temps de parcours…

Sur recommandation de Johnny, on suit le littoral. La frontale de Maëlle fait des siennes (elle monte en température !) donc on bascule sur la frontale de réchappe. Sur le littoral, pleine nuit, il y a d’un côté la mer et des vagues puissantes, de l’autres les falaises. Entre les deux : nous sur des rochers, pleins de doutes sur le fait que ça débouche ou pas… Demi tour ? Allé Johnny, on a confiance en toi… On y va…

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De jour…

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De nuit.

Enfin, on aperçoit une barrière de bois… civilisation !! Le soulagement est là… Puis très vite, 4 frontales… les russes qui sont toujours aussi bavards : “cliffs northway” ! Ca tombe bien, on va plein sud et cela finit de nous réconforter. Nous voici repartis à bonne allure, de nouveau sur un sentier avec un discret balisage. Il se met à pleuvoir pile-poil quand le chemin devient de plus en plus scabreux… décidément, ça engage les treks. Puis le chemin se perd, et nous avec, lors de la première traversée de coulée de lave. De jour ça aurait été plus simple, mais c’est le jeu. On est dans un immense champ de pierre de lave noire, couverte de lichen blanc, à perte de vue, de nuit et sous la pluie, c’est ambiance… La coulée est constituée de pierres de tailles variables, du petit caillou au bloc de 40 cm de diamètre, qui roulent, et ultra abrasives = pas facile d’avancer vite là-dedans ! Comme dans la plupart de ces instants critiques nocturnes, on pense à ceux qui guettent notre bulle derrière leur écran et on se motive pour leur montrer qu’on avance, même si c’est lent, toujours en mouvement ! On retrouve une trace le long des falaises, mais (saura-t-on pourquoi un jour ?) d’un coup nos 4 paires d’yeux ne la voient plus. On tente alors une trace qui remonte, puis on se retrouve rapidement sur une grosse piste, qui rejoint la route N2 interdite, quasiment au point de départ. Le moral dans les chaussettes (trempées), la Bim Bim se rassemble en conseil de crise. Faut-il prendre la route pour avancer vers l’AT au plus vite et risquer une pénalité voire une disqualification ? Faut-il faire demi-tour et revenir dormir au sec pour rattaquer cette section de jour ? Faut-il redescendre le long des falaises et trouver cette maudite trace ? La 3ème option est la bonne et c’est celle choisie. On kiffe la persévérance de la Bim Bim Team, à ce moment critique aucun de nous 4 n’a montré de vrai signe de faiblesse 🙂 Etienne prend un gel caféine et repasse devant. La trace à suivre paraît évidente. On progresse vite et bien, jusqu’à… que le gel caféine ne fasse plus effet, ou plutôt jusqu’à ce que les falaises s’interrompent. La trace se perd à nouveau. On se retrouve trop au dessus, dans une coulée de lave. Il faut revenir vers les falaises. On choisit alors l’azimut. Etienne ne dit plus rien et passe devant faire sa propre trace dans la jungle et les ronces. 200m et 30min plus loin, la trace providentielle apparaît à nouveau sous nos pieds. Il ne reste plus qu’à ne plus s’écarter de cette falaise. On croisera un peu plus loin un groupe de pêcheurs (il est 3h du mat’) à qui on demande par où remonter jusqu’à la route (où nous attendent nos vélos car cette fois-ci elle sera autorisée). Information très utile : “y’a plein de chemins qui remontent !” On ne les dérangera pas plus, et on continue notre route, finalement sans trop d’aléa jusqu’aux vélos.

 

Petite transition où on croise l’équipe Aquitaine Safety qui continue à 3, et l’orga nous glisse que les russes sont en train de galérer à ouvrir leur propre chemin le long de la route… Pour avoir testé cette option sur 200m, on leur souhaite bien du courage ! Nos destriers nous ramènent rapidement à la transition (pendant que l’équipe voisine peine à réveiller un de ses coéquipiers, or dormir à vélo sur la route n’est pas très conseillé…), où il faut repartir pour le trek du piton de la Fournaise.

Cette section de coasteering fut anecdotique pour certaines équipes, bien moins pour d’autres !

SECTION E – Trek / 32km / 3 150 m D+ / 900 m D-

On repart très vite de cette transition, sans prendre le temps de dormir… Décision étonnante, on se dit qu’on n’est pas là pour planter de la rhubarbe, que le jour qui se lève va nous requinquer ainsi que tous vos messages que l’orga vient de nous remettre. Ne pas dormir à ce moment-là, LA grosse erreur du Raid. On apprend que les FMR ont abandonné un peu plus tôt un peu plus loin.

Le rythme est bon, Etienne se concentre sur la carte pour la prochaine balise. Mais 20 min après le départ, on tombe sur les suisses qui, exténués et sans eau (il n’y avait pas d’eau à l’AT), font demi-tour après avoir cherché la balise suivante 5h durant (!). Gloups. Nous voici sûrement un peu déstabilisés.  Car s’en suivra 5h (au moins) d’imprécision et d’indécision pour la BBT. Pour mieux verrouiller l’orientation et anticiper cette recherche qui s’annonce difficile, on commence à se poser mille questions à 4 sur les cartes. Il faut trouver l’embouchure d’une ravine à remonter sur quelques centaines de mètres pour trouver la balise. Doit-on se caler par rapport au relief ? par rapport à l’altitude ? par rapport au trait de côte ? par rapport aux montagnes qu’on voit au loin ? par rapport au temps mis jusqu’à présent pour arriver à cet endroit ? par rapport aux autres équipes qui nous rattrapent ? Chacun y va de sa théorie. La trace GPS est sympa à suivre, moins à vivre.

 

On enchaîne les aller-retours sans jamais prendre la décision de s’enfoncer dans la forêt pour trouver cette balise. Les ravines sont très peu marquées, l’altitude du chemin peu fiable. On finit par se décider à remonter la ravine la plus évidente, et on débouche sur la route (interdite), trop en amont. Ça nous permet au moins de se recaler et de se ravitailler en eau. Retour sur le chemin côtier. On remonte un pseudo-vallon puis Maëlle tombe sur la balise. Ouf. Petite pause sur la route pour retrouver nos esprits et notre confiance. Les suisses et les polonais nous ont rattrapés dans la bataille. Les russes et Absolu2 sont repassés devant sans qu’on les aperçoive.

S’il n’y a plus de question à se poser en orientation, la progression n’en est pas plus rapide. Ça grimpe fort. Béa d’Endorphinmag est encore là pour nous encourager au début de la montée. La végétation est de plus en plus dense. Et humide.

L2

Montée au Piton de la Fournaise

Genre ruisseau de boue. On voulait lire les messages pour mieux faire passer la montée mais ce n’est pas possible techniquement… tant pis, ce sera pour plus tard. Jamais marché dans autant de boue moi, on se fait aspirer les pieds et les bâtons par des flaques de fange. On est trempés. Rémy, en short râle sur ces herbes qui lui lacèrent les tibias, mais serre les dents et attend une relative éclaircie pour enfiler son sur-pantalon (trop précieux d’avoir des habits longs secs pour quand il fait vraiment froid…) J’essaie de trouver ma respiration derrière le rideau de feuilles qu’il faut traverser en permanence, je dois avoir un problème de taille 🙂 . Il faudra attendre 2000m d’altitude et le chemin le long des remparts pour que la végétation laisse la place à un vrai chemin. Un paysage sûrement hors du commun, mais de nuit et dans le brouillard on n’en profite pas vraiment, dommage ! Le chemin s’améliore, donc, mais ce n’est jamais gagné : la nuit tombe rapidement, et Joseph rentre doucement dans un état second. Il dort debout, devient somnambule. Cet état nous le connaissions pour l’avoir tous vécu, mais ça n’avait jamais duré. Là, Joseph ne semble pas décidé à retrouver rapidement ses esprits. Il nous lâche des phrases dénuées de sens, comme “Et si il y a trop d’eau dans ma rivière ?”. Il fait nuit, il fait froid, on voudrait bien tirer jusqu’à la prochaine transition et descendre en altitude. Bref, on ne fait pas les malins. On se relaie pour prendre en charge Joseph mais rien n’y fait. On s’arrêtera 30min sous le bothybag (toile de tente qui forme un abri de secours avec les 4 bonhommes comme piquets très efficace, et plutôt rigolo quand l’un des bonhommes bascule dans son sommeil). Sortir de ce cocon plutôt douillet pour retrouver le froid humide de la nuit est une vraie épreuve. On repart mais Joseph est toujours en transe. Arrêt forcé d’1h30, allongés cette fois. On protège Joseph sous les couvertures de survie. 1h30 de sommeil / attente dans le froid, on a atteint les limites des bivy bags. Réveil horrible dans le froid et l’humidité, frigorifiés ; il faut remettre les chaussettes mouillées et donc glacées, brrr. Joseph a un peu retrouvé ses esprits et on rejoint tant bien que mal l’AT peu avant le lever du jour.

Quand le sommeil tombe comme ça, on ne peut pas y faire grand chose… Au moins, je n’ai pas “mal” vécu cette portion galère comme les autres, si ce n’est que je commençais à trouver mon rêve un peu long ! Le Piton de la Fournaise, pour moi, restera des “flashs de lucidité” au milieu d’un décor lunaire, entrecoupés de souvenirs d’un Rémy obligé de me parler toutes les 2 sec, sans quoi la machine s’arrêtait.

 

SECTION F – VTT (+ trek et grotte) / 51km / 760 m D+  / 2 800 m D-

Démarrage de section un peu binaire : d’une part la fatigue de l’épisode sommeil du piton de la fournaise est encore là, d’autre part, on a potentiellement un bon coup à jouer si on accélère la cadence :

  • démarrer le kayak de mer avant la darkzone,
  • sécuriser notre classement (et surtout éviter ainsi de se retrouver dans un peloton d’équipes sur l’eau),
  • couper la longue section de kayak en deux, 
  • faire la descente du Maïdo de jour.

Il est 4h du matin, l’heure limite pour embarquer sur les kayak est à 15h30. Entre les deux il nous faudra enchaîner VTT, transition VTT-trek, mini trek, transition trek-kayak.

Ça parait très alléchant mais en sommes-nous capables ? Semi décision : on ne traine pas trop, sans se mettre dans le rouge… (pour l’instant…) Y’a pas à dire, une fois sur nos vélos ça va mieux. Pour ma part je pique du nez, ce qui rend cette première partie en descente rapide sur la route hyper dangereuse, j’aime pas ça ! Après quelques minutes de jardinage à chercher une balise dans la nuit, on arrive à la fameuse portion du Parc National où il est interdit de poser les fesses sur sa selle. L’orga bride nos montures en attachant les manivelles (pédales) au cadre. Pas très gênant au début, car même à pied le chemin n’est pas évident. Ça devient rapidement plus frustrant mais il faut rester patient, encore 1300m de déniv à descendre comme ça (quel gâchis !). Petite pause spéléo au milieu, agressive pour nos vêtements dans un tunnel de lave aux rochers acérés. Atypique ! Nous avons une heure pour faire la section, en théorie c’est large donc on a un mini espoir de sieste, mais en fait pour que ce soit large il faut courir donc bon, on mettra une heure…

 

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Puis c’est reparti à pousser le vélo, la motivation de la porte horaire de la darkzone en kayak nous aide à conserver une vitesse intéressante. Le vélo nous permet, même si on ne peut pas monter dessus, de s’appuyer dessus donc limiter l’usure des pieds.

Sortis du Parc National, on peut enfin remonter sur nos vélos. Youhou ! Youhou ! Le chemin se transforme rapidement en piste de galets au fond du lit de la rivière des Remparts. Rendement limité, tantôt sur les galets, tantôt sur du sable. Mais c’est descendant et on a l’impression de plutôt bien s’en sortir, c’est plutôt ludique et l’ambiance est splendide ! Au final c’est plutôt une formalité pour nous, là ou d’autres équipes moins portées sur le VTT ont dû pas mal pester sur les difficultés à garder l’équilibre dans les graviers.

Le soleil brille, le cadre est splendide, tout le monde est réveillé (euh, moi dès que la rivière était terminée et qu’on a basculé sur la route, ça a été sieste permanente à vélo…) Joseph est parmi nous, et ça fait bien plaisir après la nuit passée : feu ! Il nous reste alors deux heures de VTT bien moins ludique, sur piste et route, entre les champs de cannes et les habitations.

 

On croise un paysan en train de faucher son champs de cannes. Etienne prend son temps et sympathise avec le mec. L’autochtone, tout gentil, s’excuse pour la gêne occasionnée, nous offre un petit bout de canne à sucre à mordiller et propose de porter le vélo de Maëlle par dessus les tas de cannes qui encombrent le chemin (pour sûr, ce n’est pas lui qui mettra un #Giletjaune !). Après ce petit interlude, nous sommes prêts à affronter les pentes bétonnées très marquées (dans les 20%, on aura encore plus au Maïdo). Rémy se met dans le rouge en tractant Maëlle. On a l’impression d’avoir un rythme de ouf, de sprinter, impensable en milieu de raid ! Mais l’enjeu est trop important. Fait étonnant : depuis la tombée de la nuit dernière et jusqu’au kayak, j’ai une impression de déjà-vu PERMANENTE. C’est plutôt perturbant.

Arrivés à l’AT, l’orga nous apprend que l’heure limite de départ en kayak a été avancée à 15h. Il est 13h45, meilleur temps de section annoncé en 1h, va pas falloir trainer, ni dans la transition, ni sur le terrain !

à suivre…

Lien vers la 3ème partie.

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